Ferrari GTC4 Lusso : la familiale de Maranello

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juil 252016

VERDICT CHRONO

La GTC4 Lusso est, comme la FF avant elle, la seule Ferrari proposant 4 vraies places. Animée par un V12 atmosphérique aussi puissant que musical, c’est la voiture parfaite pour partager en famille sa passion de la belle mécanique, et ce en toute sécurité grâce à ses 4 roues motrices et désormais directrices.

LE PROJET


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Alors que Porsche, Maserati, et même bientôt Lamborghini ont tous cédé à la tentation très profitable de produire leur propre SUV, Ferrari résiste en expliquant que la GTC4 Lusso remplit peu ou prou la même fonction. Après tout, SUV étant l’acronyme de Sport Utility Vehicle, il est indéniable que la GTC4 est une voiture de sport, et qu’elle est tout à fait pratique, puisque capable de transporter 4 personnes confortablement sur presque tous les terrains grâce à ses 4 roues motrices et directrices et à sa suspension rehaussable hydrauliquement. Un caractère pratique et utilisable au quotidien qui séduit une clientèle plus jeune et familiale et roulant davantage que celle des autres modèles plus radicaux de la gamme Ferrari.

CE QUI CHANGE


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

La GTC4 Lusso est une évolution profonde de la FF aussi bien sur les plans esthétique que mécanique. Allongée d’un centimètre et élargie de deux, la carrosserie est entièrement nouvelle à l’exception du pare-brise. Cela dit, le changement le plus marquant en matière de style tient dans le retour aux feux arrière doubles comme sur les Ferrari des années 80, mais l’aérodynamique a aussi été optimisée avec une réduction de 6 % de la traînée grâce notamment à l’intégration d’un spoiler au sommet du hayon et à un diffuseur arrière plus efficace.


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Si la structure et l’empattement sont conservés, la mécanique évolue. Le V12 6,3 litres à injection directe gagne 30 ch à 690 ch (toujours au même régime de… 8 250 tr/min), et 14 Nm à 697 Nm. Ceci grâce notamment à un nouveau concept de combustion autorisé notamment par le principe multi-spark (plusieurs étincelles par combustion) qui permet de repousser l’apparition du cliquetis et donc d’augmenter le rapport volumétrique (de 12,4 à 13,5:1) au profit du rendement grâce des pistons redessinés.


FERRARI GTC4 LUSSO © Lorenzo Marcinno FERRARI

Le principe des 4 roues motrices breveté par Ferrari pour la FF est conservé : alors que les roues arrière sont classiquement entraînées via la boîte double embrayage 7 rapports, les antérieures le sont via par une prise de force à l’avant du vilebrequin du V12. Cette solution permet de conserver l’architecture boîte pont arrière désormais utilisée par toutes les Ferrari tout en économisant la masse d’un arbre de la longueur de l’empattement repartant vers l’essieu avant.


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

La transmission avant est constituée d’une boîte de vitesses 2 rapports entraînant chaque roue directement (sans différentiel donc) par l’intermédiaire d’un embrayage multidisque. Le premier rapport de cette transmission est utilisé jusqu’en seconde de la boîte principale, le second jusqu’en 4e. Au-dessus, les roues avant ne reçoivent plus de couple. Ce dispositif permet non seulement à la GTC4 Lusso de se sortir d’un mauvais pas si ses roues arrière se retrouvent sur une portion de revêtement glissante, mais autorise en outre une répartition vectorielle du couple sur l’essieu avant qui aide la voiture à tourner sur portion sinueuse. Sur le principe rien ne change par rapport à la FF, mais la capacité de refroidissement accrue des embrayages multidisques avant permet d’utiliser la transmission plus intensément et plus longtemps.


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Cela dit, la plus importante évolution technique de la GTC4 Lusso par rapport à la FF réside dans le caractère devenu directionnel de l’essieu arrière grâce à l’adoption d’actuateurs électriques repris de la F12 tdf. L’amortissement piloté magnéto rhéologique a juste été optimisé par l’ajout sur chaque amortisseur d’une deuxième bobine permettant d’appliquer un champ magnétique à l’huile chargée de particules métalliques, pour en moduler ainsi plus précisément et plus rapidement la viscosité et donc, le tarage.

LA VIE À BORD


FERRARI GTC4 LUSSO © Lorenzo Marcinno FERRARI

Le profil inhabituel de la GTC4 Lusso est dû à son cahier des charges : elle doit pouvoir transporter confortablement 4 adultes et leurs bagages. Cela, la GTC4 le fait encore mieux que la FF grâce à de nouveaux sièges autorisant une augmentation de 16 mm de l’espace aux jambes des places arrière où deux adultes peuvent s’installer confortablement, et ce même sur de longs trajets. Cela dit, la plus grosse évolution concerne le système de contrôle des fonctions de navigation, téléphone et audio fourni par Delphi et désormais constitué d’un grand écran tactile de 10,25 pouces de diagonale sur la console centrale et d’un autre, nettement plus petit, devant le passager.

Le conducteur retrouve lui l’interface homme machine typique des Ferrari récentes avec tous les boutons de commande usuels sur le volant (clignotants, essuie-glace, modes de conduite, et réglage de l’amortissement). La position de conduite apparaît très bonne, mais elle aurait sans doute été encore meilleure si le réglage de la colonne de direction avait permis de rapprocher un peu plus encore le volant du siège. À 450 litres, le volume coffre n’est pas énorme, mais peut, ce qui n’a rien d’habituel pour une Ferrari, être modulé en rabattant les dossiers des sièges arrière à 800 litres ! Déménager en Ferrari, vous reconnaîtrez que cela a une certaine classe.

L’AVIS DU POINT AUTO


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Au delà des chiffres, la GTC4 Lusso, c’est d’abord un moteur. Et quel moteur ! Souple, puissant, doté d’une plage d’utilisation étendue sur plus de 7 000 tr/min, ce V12 est une pièce d’orfèvrerie qui justifie à lui seul l’achat de cette Ferrari. Mais la plus grande qualité de cette mécanique reste sa musicalité exceptionnelle. Sa sonorité a d’ailleurs été retravaillée pour élargir sa palette de nuance qui va désormais du pianissimo en mode confort du « Manettino » pour ne pas réveiller les voisins en prenant la route le matin, au fortissimo en mode Sport, pour lequel le V12 se transforme en bête sauvage, accompagnant chaque accélération d’un rugissement qui semble ne jamais devoir s’interrompre, ponctuant chaque rétrogradage d’un jappement de remise de gaz. Acoustiquement, il n’y a pas mieux aujourd’hui sur le marché pour rendre ses enfants accros à la belle mécanique ! Et ce, sans les rendre malades, grâce à un amortissement piloté qui garantit un confort de suspension d’excellente facture même sur mauvaise route.


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Côté commandes, la consistance de la direction à assistance électrique apparaît d’abord un peu artificielle. Mais on s’y habitue rapidement, tant elle permet de tracer naturellement des trajectoires précises, et ce même sur des routes de montagne étroites où les 2 mètres de large de la GTC4 auraient pourtant pu paraître incongrus. Il faut y voir l’effet des 4 roues directrices, qui permettent à la fois de garantir la stabilité de cet imposant coupé à haute vitesse, mais aussi d’optimiser son agilité en virage serré. Magique ! Il n’y a pas de doute, cette GTC4 Lusso est bien la familiale la plus enthousiasmante du moment !


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

LES PLUS

Mécanique de rêve

Comportement sûr et efficace en toutes conditions

GT familiale et pratique

LES MOINS

Consistance de direction artificielle

Masse élevée


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Sous le capot de la Ferrari GTC4 Lusso

Moteur : V12 injection directe essence

Cylindrée : 6 262 cm3

Puissance : 690 ch à 8 000 tr/min

Couple : 697 Nm à 5 750 tr/min

.

Boîte : double embrayage 7 rapports

Transmission : aux 4 roues

Dimensions : 4 922 x 1 980 x 1 383 mm

Coffre : 450 à 800 l

Poids : 1 920 kg, 2,8 kg/ch

0 à 100 km/h : 3,4 s

Vitesse : 335 km/h

Consommation : 15,0 l

CO2 : 350 g/km 8000 € de malus

Prix : 266 196 euros

Site internet : www.ferrari.com/fr_fr/

Pokémon Go : le modèle économique très malin de Nintendo (avec McDo)

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juil 242016

On ne le répétera jamais assez : sur Internet, si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit. Qu’il s’agisse de se bâtir une base d’abonnés fidèles à valoriser ou d’aspirer vos données pour les étudier ou les revendre, de Facebook à Google, nous avons depuis longtemps vendu notre âme, et notre vie privée, aux dieux du Net. Sur Internet, gratuité rime avec rentabilité, et la déferlante Pokémon Go en constitue le meilleur des exemples.

Plus de 1,6 million de dollars par jour

On croyait Nintendo, l’un des pionniers japonais du jeu vidéo, moribond, définitivement largué sur le marché des consoles de jeux par ses concurrents en haute définition que sont Sony et Microsoft. En quelques jours, et sans même que son nouveau jeu ait été déployé dans les quelque 200 pays prévus par Niantic, le maître des Pokémon a prouvé que l’on pouvait définitivement sortir du salon et se passer de console pour conquérir les joueurs de toutes générations. La clé : une réalité augmentée associée à la géolocalisation pour faire apparaître des créatures à capturer dans la vraie vie et la vraie ville. Une manne non seulement pour Nintendo, mais aussi pour ses deux camarades de jeu : The Pokemon Company et Niantic, le studio issu de Google concepteur du jeu.

Première source de rentabilité pour Nintendo : l’explosion de son cours de Bourse. Depuis la sortie du jeu aux États-Unis le 7 juillet dernier, la société a vu la valeur de son action augmenter de 120 %, sa valorisation passant de 17,1 milliards de dollars le 6 juillet pour atteindre désormais 38 milliards. On est encore bien loin des 80 milliards de dollars que valait l’entreprise en 2007, alors que la console Wii venait tout juste de sortir, mais c’est une première très belle étape vers sa renaissance.


Les revenus de Pokémon Go en achats intégrés en temps réels © Capture d’écran du site appinstitute

Autre source de revenus non négligeable pour Nintendo, malgré la gratuité affichée de Pokémon Go : les achats intégrés. Nombreux sont ceux qui, pour progresser plus vite, sont prêts à changer quelques euros en poképièces afin d’acheter du matériel et de capturer plus de Pokémon. Selon Gizmodo, le jeu générerait déjà, à peine sorti, plus de 1,6 million de dollars par jour. D’après Slice Intelligence, Pokémon Go représentait à lui seul 47 % des achats intégrés du moment le 10 juillet dernier. L’achat intégré qui rapporte le plus ? Les 1 200 poképièces proposées à 9,99 dollars , qui représentent plus de 31 % des achats intégrés.

Une future source massive de revenus

Mais la vraie source massive de revenus pour Nintendo se trouve en fait ailleurs. Non pas dans la vente de bannières, un modèle dépassé et peu apprécié des joueurs car envahissant. Le géant du jeu japonais monétisera tout simplement son audience exceptionnelle via des emplacements sponsorisés. Niantic, le concepteur du jeu, avait d’ailleurs déjà testé le concept sur sa création précédente, Ingress. Pour l’instant, les pokéstops et arènes sont en général des points d’intérêt réels des villes : gares, monuments, bâtiments publics… Bientôt, des annonceurs pourront payer pour diriger des joueurs vers leur point de vente le plus proche. À chaque nouvelle visite, ce sera donc le jackpot pour Nintendo, sans que le joueur perçoive le côté publicitaire de la démarche ou en soit dérangé.


Les entreprises pourraient bientôt payer pour devenir des pokéstop officiels © Nintendo

Selon Presse Citron, la chaîne de fast-food McDonald’s ferait partie des premiers annonceurs prêts à payer pour que ses restaurants deviennent des pokéstops (points fixes qui permettent d’obtenir gratuitement des pokéballs, oeufs de Pokémon, etc.). En attendant que le phénomène touche le monde entier, le principe devrait être testé dans un pays asiatique. Le Japon, sans doute. Il faut dire que, dans la patrie de Pikachu et de Nintendo, l’arrivée de menus enfants intégrant des figurines de Pokémon a déjà fait décoller l’affluence dans les McDo et progresser de 23 % en quelques heures le cours de la filiale japonaise du géant américain de la restauration rapide.

Les commerçants n’ont d’ailleurs pas attendu la mise en place de ce système pour commencer à tirer parti de la frénésie Pokémon Go. Plusieurs libraires ont, par exemple, misé sur les Pokémon pour attirer les joueurs… lesquels ont alors tout loisir de devenir clients ! « Si vous nous montrez une capture d’écran avec un Pokemon attrapé dans Main Street Books, vous aurez 10 % de remise sur vos achats », affiche ainsi une librairie sur sa page Facebook.

« Nous avons beaucoup de gens qui viennent avec leurs enfants […] une fois dans le magasin, ils cherchent et réalisent que nous avons un grand nombre de choses qu’ils ne pensaient pas trouver », témoigne Tonya Youngibrd, de la librairie Book Garden dans l’Utah, aux États-Unis. De même, certains musées ont fait connaître sur les réseaux sociaux la présence des bébêtes virtuelles entre leurs murs, ce qui a ainsi entraîné de nombreux nouveaux visiteurs. Au Japon comme ailleurs, tout ce que les Pokémon touchent se transformerait-il en or ? Ce n’est pas Google et Apple qui diront le contraire, eux qui vont toucher des millions de dollars, juste parce que les joueurs vont utiliser soit un smartphone sous iOS, soit un terminal connecté sous Android.

À Bordeaux, TUI fait peau neuve

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juil 222016

Fini, les affichettes papier et promos aguicheuses. À mi-chemin entre une galerie d’art et une boutique high-tech, le voyagiste imagine un lieu « fusion » qui réunit l’ensemble des offres de son portefeuille de marques. Là, derrière de larges baies vitrées, sculptures, photos, ouvrages, expositions éphémères, cabines de réservations digitales et bureaux traditionnels se juxtaposent pour offrir une nouvelle façon de concevoir ses vacances.


L’espace sur mesure du TUI Store, pensé comme un salon particulier.

Web to Store

Sur le modèle d’une expérience menée à Strasbourg, le groupe allemand, notamment propriétaire de Marmara, Nouvelles Frontières, Passion des îles, Aventuria et de la compagnie d’aviation Corsair, vient ainsi d’investir près de 500 000 euros pour « relooker » de fond en comble sa boutique bordelaise.

Poser ses valises à l’heure où la concurrence des offres en ligne fait rage peut paraître insensé, mais Pascal de Izaguirre, PDG de TUI France, croit dans les agences physiques.  « Les Français consacrent un pourcentage important de leur budget à préparer leurs vacances, il y a pour eux une obligation de résultat. Faire le choix d’une agence de voyages, c’est s’assurer des vacances réussies », explique celui qui mise sur une stratégie Web to Store. « Le client effectue ses recherches sur le Web, mais veut finaliser l’achat dans une boutique, où il pourra discuter et être rassuré de son choix par le vendeur », ajoute celui qui vise à faire du groupe un leader du voyage premium.

TUI © Guillaume Murat Guillaume MuratTUI © Guillaume Murat Guillaume Murat
Les bornes digitales et cabines de réservation en ligne du TUI de Strasbourg. © Guillaume Murat Guillaume Murat

20 000 billets au départ de Bordeaux

Pour parvenir à cet ambitieux objectif, il faut d’abord une belle adresse. À bordeaux, c’est sur la très dynamique allée de Tourny que l’ex-agence Marmara a fait peau neuve. Il faut ensuite faire rêver. Pour les candidats au départ en mal d’inspiration, des tables interactives géantes invitent à découvrir, photos paradisiaques à l’appui, les 100 destinations et 330 hôtels du catalogue TUI. Il faut enfin coller avec la demande. L’offre de la « major du tourisme » a donc été renouvelée de 45 %, vers les pays les plus sûrs du pourtour méditerranéen comme l’Espagne, le Portugal, la Grèce, Chypre ou la Croatie. Le voyagiste a ainsi réservé 20 000 billets (contre seulement 13 000 l’an dernier) au départ de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac.

À l’étage, un espace sur mesure de 60 mètres carrés permet aux clients qui souhaiteraient davantage d’intimité de concocter leurs voyages haut de gamme ou à thèmes dans le cadre raffiné d’un salon particulier imaginé par l’architecte d’intérieur Caroline Duveau. Mobilier contemporain, bibliothèque, objets ethniques, œuvres street art, « l’espace est plus qu’un lieu de vente, c’est aussi un lieu culturel, un lieu d’événements, un peu comme l’a fait la Fnac », indique, non sans fierté, Pascal de Izaguirre.

Fort du succès du premier TUI Store de Strasbourg, inauguré en septembre 2015, dont le volume d’affaires aurait déjà crû de 20 % depuis l’ouverture, le concept se dépolit progressivement dans le reste de la France. D’ici à 2017, 52 nouveaux TUI Stores devraient ainsi voir le jour.

TUI Store Bordeaux, 31 allée de Tourny, 33 000 Bordeaux, France.

WEC – Romain Dumas : « Je ne m’arrêterai pas de courir ! »

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juil 212016

Rien ne lui résiste. Romain Dumas, 38 ans, est le pilote le plus en vue du moment. Mi-juin, il remportait les 24 Heures du Mans après l’incident technique ayant touché la voiture de tête, Toyota, au dernier tour. « C’était magique, je rêvais de gagner avec Porsche », explique celui qui s’était déjà imposé au volant de l’Audi R15 en 2010. Sept jours après sa victoire, à plus de 7 800 kilomètres du circuit manceau, il remporte Pikes Peak, la course de côte la plus prestigieuse du monde. L’Héraultais est un touche-à-tout de l’auto, lui qui a participé en janvier à son deuxième Dakar. Début juillet, au Porsche Experience Center du Mans, qui offre une vue imprenable sur les derniers virages du circuit, Romain Dumas s’est confié au Point.fr.

Le Point.fr : Avec du recul, quel regard portez-vous sur la fin de course aux 24 Heures ?

Romain Dumas : À un tour de l’arrivée, je n’y croyais plus. Et d’un coup, on a pris la foudre ! Quand j’ai vu la Toyota s’immobiliser, j’ai pensé à un gag. Mais dans le même temps, nous savons que rien n’est joué avant l’arrivée. Cela m’était déjà arrivé aux 24 Heures du Nürburgring, alors que je disputais la 3e place : j’ai abandonné au bout de 23 heures, 59 min et 51 sec. Quand ça t’arrive une fois, tu ne sais jamais ce qui peut se passer ! Ma seule crainte, c’était de me dire : « Peut-être que tu ne seras plus jamais au niveau pour viser la victoire. »

La victoire est-elle pour autant moins belle ?

Non, la victoire est belle parce que je rêvais de gagner avec Porsche. Sur le moment, nous ne pouvions que faire preuve de compassion avec Toyota, surtout à la lumière des efforts qu’ils ont fournis. Mais nous étions deuxièmes et donc les meilleurs derrière Toyota, et on a su en profiter. Surtout, nous avions la sensation d’avoir fait au mieux.

Dakar, Pikes Peak… En plus de l‘Endurance, vous faites de nombreuses courses avec votre écurie. Comment Porsche vous autorise-t-il à multiplier les challenges ?

J’avoue que les discussions ont été un peu tendues (rires) ! J’ai commencé à faire d’autres courses à partir de 2007, notamment des rallyes au volant de Porsche. L’accident de Kubica (pilote chez Renault F1, il s’était grièvement blessé dans un rallye près de Gènes, NDRL) a changé la perception des écuries. Porsche m’autorise néanmoins à participer à d’autres courses entre la fin des 24 Heures du Mans et le 31 janvier. Il ne faut pas oublier que, avec mon équipe, nous sommes les seuls en Europe à développer des Porsche en rallye et à préparer des Porsche historiques ou modernes.

Pikes Peak, un sentiment grisant

Vous avez remporté Pikes Peak sept jours après Le Mans. Cette course est moins connue du grand public. Que représente-t-elle pour vous ?

La première fois que je l’ai gagnée, c’était l’une des joies les plus fortes de ma carrière. Quand tu y arrives avec ton équipe, tes moyens, tes mécanos, c’est vraiment intense. En plus, la course est dangereuse : même Sébastien Loeb, qui a l’habitude de rouler entre les arbres en rallye, a dit qu’il avait peur à Pikes Peak. C’est un sentiment grisant de piloter sur ce tracé.

C‘est aussi ce que vous avez ressenti au Dakar ?

Non, pour l’instant, je ne prends pas vraiment plaisir (il a connu de nombreux soucis techniques l’an dernier, NDLR). Mais je vais repartir dès cette année et j’espère que ça s’améliorera ! Je suis un peu borné, comme pour la course à pied : je n’aime pas courir, mais dès que je fais un semi-marathon, je veux être plus rapide que lors de ma dernière participation. Au Dakar, je voulais terminer dans les vingt premiers et j’ai fini vingtième. L’année prochaine, j’espère faire partie des douze premiers. Et peut-être que je prendrai plus de plaisir.

Je ne serai jamais irrespectueux en course

Le plaisir réside uniquement dans le fait de gagner ?

Oui, sauf que je ne veux pas que ça soit obsédant comme pour certains pilotes. Moi, je suis avant tout un vrai passionné. Avec Porsche, je ne serai jamais irrespectueux en course, mais je me battrai comme un bouledogue. Dans les autres courses, je veux gagner aussi mais je n’oublie jamais que c’est avant tout pour prendre du plaisir. En début d’année, on a fait un rallye régional avec ma femme : une fois qu’on est partis, je lui ai dit : « On donne tout. » Et dès la fin des spéciales, on se remet à rigoler.

Avez-vous peur du moment où vous allez arrêter votre carrière ?

J’y pense, c’est clair, mais j’ai la chance de faire beaucoup de choses à côté : de l’immobilier, de l’architecture, je suis un vrai autodidacte ! Il n’y a pas que l’automobile ! J’aurai d’autres occupations, mais je n’arrêterai jamais de courir. Au Mans, j’ai croisé Tom Kristensen (recordmen de victoires aux 24 Heures) qui commente la course pour la télévision. Nous étions avec nos équipiers et il nous a dit : « J’aimerais tellement être à votre place ! » C’est un peu bête de vivre dans la frustration. Moi, je ne m’arrêterai pas de courir !

Terres lointaines : les trois couleurs sur l’île Matthew

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juil 202016

« Dès mon premier pas à terre, l’enthousiasme va me submerger, et je vais me glisser un instant dans la peau d’un Neil Armstrong, qui, quarante ans plus tôt, avait posé le pied sur la Lune. » La lune de Philippe Godard, c’est l’île Matthew, un îlot du Pacifique sud, située à environ 300 kilomètres à l’est de la Nouvelle-Calédonie.


© Google Maps

Découverte au XVIIIe siècle, l’île est restée longtemps res nullius, c’est-à-dire une chose n’appartenant à personne. « Pour que la souveraineté soit un argument, il faut que l’on y ait fait des choses », explique Philippe Godard (1), grand explorateur d’îles, chevalier de la Légion d’honneur et des Palmes académiques. Mais avant d’y poser le pied, l’aventurier est happé par une curieuse histoire que lui raconte un employé d’Austral Guanao, société spécialisée dans le commerce de la fiente durcie d’oiseau de mer, utilisée comme engrais. Ce dernier avait découvert sur l’île de Walpole, en Nouvelle-Calédonie, « des squelettes, gisant auprès de restes informes de ce qui lui avait semblé être une embarcation en bois ». En examinant de près ces reliques, il avait mis la main sur un bouton de vareuse, mais pas n’importe lequel puisqu’il était frappé d’une fleur de lys. Un historien du nom de Pognon avait émis l’hypothèse que ces squelettes auraient pu être ceux des rescapés du naufrage de la Boussole et de l’Astrolabe, les deux vaisseaux du comte de Lapérouse, emportés dans un cyclone en 1788, sur l’archipel des Salomons. Le sang de Philippe Godard ne fit qu’un tour.

Un immense drapeau sur une hampe de fortune

« On ne sait pas si Walpole faisait partie d’une masse continentale dont elle se serait détachée. Toujours est-il qu’au sein des poches de phosphate, lors de leur exploitation, plusieurs squelettes de tortues géantes terrestres à corne qui peuplaient la Terre il y a quelques centaines de milliers d’années ont également été découverts », explique l’aventurier. Au prix d’efforts considérables, lui et son équipe parviennent à se glisser dans les cavités, mais les difficultés de l’entreprise exigent de gros moyens techniques et humains, et beaucoup de temps afin de localiser la grotte aux squelettes. Les explorateurs, un peu déçus, forcément, mettent alors le cap sur l’île Matthew, non loin de là. « Un capitaine de corvette m’avait donné un immense drapeau, raconte Philippe Godard. Un spécialiste en droit international était même venu me rendre visite pour me conseiller d’emporter des plants d’arbres, susceptible de croître en terrain volcanique de façon à asseoir la possession de la France sur Matthew. »

La végétation sur l’île se résume à quelques liserons, la faune à des oiseaux de mer, qui s’approchent des intrus en poussant de petits cris plaintifs. Un premier lot d’arbres sera planté au cours de l’ascension. Le drapeau sera déployé au sommet culminant à 242 mètres, sur une hampe de fortune. « L’instant est solennel, écrit-il dans son récit. Pour ma part, j’y vais de quelques mots simples pour réaffirmer la présence nationale sur cette terre si rarement visitée. Puis nous regagnerons le bord, sains et saufs, fourbus mais envahis par cette euphorie particulière que ressentent les aventuriers lorsque leurs rêves les plus fous se réalisent. »

(1) Le Collectionneur d’îles mystérieuses, par Philippe Godard, éditions du Trésor, 19 euros.

Spetses, le Saint-Tropez grec

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juil 192016

De son charme naturel les Athéniens parlent peu, préférant garder l’île pour eux, à l’abri des foules et de la surenchère immobilière. Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux à venir trouver ici une tranquillité sans artifice, retapant des maisons de pêcheurs à l’arrière du vieux port ou louant les anciennes demeures de capitaine. À commencer par le roi Constantin de Grèce, qui, à l’été 2010, y maria son fils, Nikolaos. Le Poseidonion Grand Hotel, bâtisse « Belle Époque » ouverte sur la mer, accueillit alors les noces où se pressèrent les têtes couronnées d’Europe. Comme un flash-back d’un siècle rappelant que l’île avait déjà ses inconditionnels. À l’orée du XXe siècle, Sotirios Anargyros, enfant du pays, est de retour sur son île natale après avoir fait fortune dans le tabac aux États-Unis. Il achète la moitié de l’île, la replante de pinèdes, s’y fait construire une belle demeure et convie chaque automne la haute société grecque à chasser la palombe dans ses collines. Le magnat rêve d’en faire un lieu de villégiature à l’image de la Côte d’Azur.


Le Poseidonion, un grand hôtel centenaire qui se porte bien. © Serge Detalle

Gentry bohème

Inspiré du Carlton et du Negresco, tous deux bâtis à la même époque, le Poseidonion Grand Hotel ouvre en 1914. S’ensuivent la construction d’une route en corniche autour de l’île et d’une école d’élite pour garçons, sur le modèle du collège britannique d’Eton. À la fin des années 50, dans le sillage de Niarchos, autre célèbre armateur qui s’offre Spetsepoula, l’îlot d’en face, une gentry bohème fait de Spetses son point d’ancrage. Dans les ruelles pavées près du port de Dapia s’apostrophent l’artiste et le pêcheur, le banquier et le conducteur de calèche (l’île est interdite aux voitures), Anouk Aimée, Melina Mercouri, Jacques Lacarrière, l’auteur de L’Été grec, ou encore Michel Déon, qui y signa les plus belles pages de son Balcon de Spetsai.


© Adrian Houston

Cuisine bio méditerranéenne

Aujourd’hui, la famille Vordonis, qui a racheté l’hôtel en 2004 avant de le rénover avec grand soin, participe au renouveau économique en organisant des événements : la Tweed Run, course cycliste costumée très british, ou la Classic Yacht Race, pour admirer caïques et autres voiles latines.

Chaque été, la véranda qui longe l’entrée à colonnades est le lieu d’une douceur exquise ; 52 chambres la surplombent, tantôt bercées par le clapotis des vagues, tantôt embaumées par les lavandes entourant la piscine. Sous une coupole d’ardoise qui révèle une magnifique charpente, la suite royale se distingue par une vaste terrasse dominant la jetée et ses yachts rutilants. Çà et là, des notes contemporaines soulignent l’élégance des volumes néoclassiques. À l’arrière, une aile a récemment vu naître les dernières suites, spacieuses, quoiqu’encore plus intimes.


© Serge Detalle

Ici, la table est un joli voyage. Pas seulement au petit déjeuner ou au Freud, le bar à sushis, mais aussi grâce au chef Stamatis Marmarinos, qui sublime les produits de la Méditerranée. Originaire d’Hermione, juste en face, ce grand gaillard aux faux airs de pope cultive en bio toutes sortes de légumes dans un vaste potager situé sur les hauteurs. Depuis peu, il propose aux hôtes de cuisiner et de déjeuner sous l’olivier, au plus près des plants de tomates et du poulailler. Une manière inédite de goûter aux joies simples d’une île paradis.

Poseidonion Grand Hotel, à partir de 260 € la nuit en haute saison, www.poseidonion.com

7 nuits, à partir de 1 550 €/ pers. (base 2), vols et transferts inclus. 01.48.78.71.51, www.safransdumonde.com

Escale de charme


La princesse Soraya à Hydra, en juin 1960. © Keystone Pictures USA

Autre île merveilleuse, Hydra est à seulement 40 minutes de Spetses en hydroglisseur. Elle aussi interdite aux moteurs, on n’y circule qu’à pied ou à dos d’âne. Son port bijou, ses boutiques trendy, ses ruelles et ses garrigues attirent une faune gypsy-chic éprise d’authenticité. Le collectionneur Dakis Joannou y a ouvert en 2009 une annexe de sa fondation Deste pour l’art contemporain. Une présence qui ne passe pas inaperçue quand il amarre son méga-yacht pop art décoré par Jeff Koons.


« Guilty », le yatch de Dakis Joannou mis en valeur par Jeff Koons. © DR

Le Corbusier : le patrimoine de l’humanité au poignet

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juil 172016

Le Comité du patrimoine mondial vient d’inscrire au total 21 nouveaux sites sur la liste du patrimoine mondial. Parmi eux figure l’œuvre architecturale de Le Corbusier, une contribution exceptionnelle au mouvement moderne (Allemagne, Argentine, Belgique, France, Inde, Japon, Suisse).

Le Corbusier est né à La Chaux-de-Fonds, berceau de la haute horlogerie suisse, dans les montagnes du Jura suisse. Au début du XXe siècle, le mouvement artistique de l’Art nouveau trouvera ainsi une expression originale à La Chaux-de-Fonds, dont l’« urbanisme horloger » a permis à la ville d’être classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Après avoir proposé une Trilogie Le Corbusier en 2012, la manufacture Girard-Perregaux a récidivé l’an passé en créant une montre simplement signée Le Corbusier, à l’occasion des 50 ans de sa disparition. Les horlogers ont repris un modèle de la collection vintage 1945, date de la publication du manifeste de l’architecte urbaniste Les Trois Établissements humains. C’est justement en 1945 que le célèbre architecte publia ce manifeste, définissant formellement sa notion architecturale du Modulor. Ce même Modulor que l’on retrouve sur le cadran en béton de la dernière-née Girard-Perregaux.

Hommage à la Cité radieuse

Doté d’un mouvement automatique avec réserve de marche de 48 heures, ce garde-temps en acier renvoie à la Cité radieuse, unité d’habitation à Marseille, le célèbre complexe immobilier en béton armé édifié entre 1947 et 1952. Ce fut l’une des œuvres majeures de Le Corbusier et certainement la première structure d’importance après-guerre. Le cadran est lui aussi en béton, matériau de prédilection de l’architecte et rarement utilisé en horlogerie. Il reproduit le concept Modulor utilisé par l’architecte comme unité de mesure pour concevoir l’aménagement idéal de l’espace. Trois jours sont nécessaires pour l’élaboration de ce cadran en béton, entre coulage, séchage et finitions. Une si petite surface voit naître alors des effets de matières, et suppose un savoir-faire sans faille où la moindre erreur serait visible. Le résultat se traduit par une interprétation unique de l’œuvre de Le Corbusier, alliance réussie d’horlogerie et d’architecture.


© DR

Cette édition limitée à 50 exemplaires embarque un calibre mécanique à remontage automatique GP03300 constitué de 199 composants pour un diamètre de 26,60 mm et une épaisseur de 3,20 mm.

Jaguar F-Type SVR : elle sort ses griffes

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juil 162016

VERDICT CHRONO

D’élégante et dynamique, la Jaguar F-Type se fait franchement sauvage en devenant SVR. Une muscle car à l’accent british et au comportement étonnamment joueur, qui, si elle ne peut directement aller chercher une 911 Turbo S sur le strict plan de l’efficacité ou du confort, a le mérite de proposer une alternative plus exubérante et… sensiblement moins chère.

LE PROJET


JAGUAR F-TYPE SVR © JAGUAR

Il s’agit pour Jaguar de « monter en gamme » en démontrant qu’il peut désormais se positionner au même niveau que les références du segment des coupés Grand Tourisme que sont les Porsche 911 Turbo, Audi R8 ou Mercedes-AMG GT S. Un investissement d’avenir au moment où la marque anglaise connaît une période particulièrement faste : grâce au renouvellement rapide de sa gamme et au récent lancement du SUV F-Pace, l’année 2016 devrait être celle de tous les records pour Jaguar. À titre d’exemple, les ventes du mois de mai 2016 ont dépassé de 281 % celle du mois de mai 2015.

CE QUI CHANGE


JAGUAR F-TYPE SVR © JAGUAR

On pourrait présenter la F-Type SVR comme une R améliorée par les bons soins du département SVO (pour Special Vehicle Operation) du groupe JLR. Ce groupe d’ingénieurs et techniciens existant depuis deux ans et à qui un nouveau bâtiment vient d’être attribué est aussi bien chargé de la finition de certains modèles ultra-luxueux comme le Range Rover SV Autobiography que du développement technique des modèles à hautes performances SVR.


JAGUAR F-TYPE SVR © JAGUAR

Esthétiquement, la SVR se distingue de la R par les boucliers, les ailes avant spécifiques et un aileron arrière mobile. Ajoutez-y un fond plat redessiné et vous obtenez à la fois une réduction de la traînée de 7,5 % et de la portance de 15 %. Résultat : une stabilité accrue à haute vitesse, et une vitesse de pointe qui passe de 300 à 322 km/h lorsque l’aileron arrière est « affalé » en mode VMax.


JAGUAR F-TYPE SVR © JAGUAR

Il faut aussi y voir l’effet de l’augmentation de puissance du moteur : le V8 5 litres à compresseur volumétrique reprend les évolutions développées pour la barquette Jaguar Project 7 – produite à 250 exemplaires par SVO – ce qui lui permet de gagner 25 chevaux (à 575 chevaux) et 20 Nm à 700 Nm par rapport à la version R. Une cavalerie distribuée aux quatre roues par l’intermédiaire d’une boîte automatique huit rapports entraînant directement les roues arrière via un différentiel à blocage actif, et les avants via un embrayage multidisque permettant de moduler la répartition avant/arrière de 0/100 % à 50/50 %.

En définition de base, la SVR est allégée de 25 kilogrammes par rapport à la R grâce à une ligne d’échappement en inconel et titane en remplacement de celle en acier inoxydable de la R, et à l’adoption de jantes en aluminium forgé (même si celles-ci sont chaussées de pneumatiques plus larges à l’arrière : 305 millimètres contre 295). Cet allègement peut être porté à 50 kilogrammes avec les options freins carbone céramique et le pack carbone comprenant notamment le pavillon en plastique renforcé de fibres de carbone. Sur le plan des liaisons au sol, la SVR adopte des portes moyeux arrière spécifiques à gros roulements pour gagner en rigueur de trajectoire, et une barre antiroulis avant assouplie de 5 % pour gagner en agilité. L’amortissement piloté et la direction à assistance électrique ont aussi été recalibrés pour l’occasion.

LA VIE À BORD


JAGUAR F-TYPE SVR © JAGUAR

Sièges et garnitures de portes en cuir surpiqués – éventuellement complétés de touches d’Alcantara sur la console centrale – mis à part, la SVR ne se distingue guère d’une F-Type R à l’intérieur. La position de conduite est très bonne, mais les sièges manquent un peu de maintien latéral sans compter qu’un tissu antidérapant serait sans doute plus adapté que du cuir, s’agissant d’un modèle capable de telles performances. Réactif, l’écran tactile de huit pouces trônant sur la console centrale permet d’accéder aux fonctions audio, de climatisation, au téléphone, et à la navigation via une couche logicielle InControl plutôt intuitive. Autre bon point, le levier de vitesses se manie dans le bon sens en mode séquentiel, mais il est de toute manière complété par des palettes de sélection en aluminium anodisé solidaires des branches du volant.

L’AVIS DU POINT AUTO


JAGUAR F-TYPE SVR © JAGUAR

Déjà sculpturale d’origine, la F-Type se fait carrément agressive dans cette version SVR, au point que les amateurs de discrétion pourront juger exagérés certains détails comme les bas de caisse proéminents ou l’aileron arrière. Une fois installé, le démarrage s’effectue sans clé, d’une simple pression sur le bouton Start positionné à la base de la console centrale, rendu pratiquement inaccessible au passager par la présence d’une imposante poignée de maintien courant le long du côté droit du tunnel de transmission.


JAGUAR F-TYPE SVR © JAGUAR

L’un des avantages du compresseur volumétrique est que ce mode de suralimentation n’interfère pas avec les gaz d’échappement ce qui permet de conserver peu ou prou la sonorité d’un moteur atmosphérique. C’est le genre de détail qui saute aux oreilles dès que l’on appuie sur l’accélérateur de la SVR, en particulier si le mode Dynamic court-circuitant une partie du silencieux est sélectionné, laissant résonner force borborygmes à l’accélération et crépitements au lever de pied. Pourtant, les premiers kilomètres parcourus montrent que cette SVR est plus polyvalente que ce que son allure ou sa bande-son suggèrent. Elle est même capable de jouer les citadines avec une suspension qui avale les bosses en douceur et une boîte à convertisseur hydraulique qui égrène ses huit rapports sans à-coups. Mais il suffit d’une accélération franche pour se rappeler que cette anglaise est bien capable d’accélérer comme un dragster… et que ses quatre roues motrices n’ont rien de superflu pour éviter qu’une portion non négligeable de ses 700 Nm ne s’évanouisse en fumée.


JAGUAR F-TYPE SVR © JAGUAR

Cependant, lorsque la possibilité d’augmenter le rythme se présente, deux petites réserves se font jour : le mode automatique de la boîte manque de pertinence, obligeant le conducteur à reprendre la main via les palettes – ce qui n’a rien de désagréable tant leurs consignes sont rapidement exécutées – et l’amortissement piloté Bilstein Damptronic freine insuffisamment les mouvements de caisse, et ce, même en mode Dynamic. Résultats : la stabilité n’est pas parfaite lors des freinages en appui, et la réponse de la direction manque de linéarité à l’inscription en courbe. Rien de dramatique, d’autant que ces caractéristiques peuvent même être mises à profit pour provoquer un survirage finalement plutôt efficace en entrée de virage serré. Au final, cet équilibre joueur se montre plutôt gratifiant sur route sinueuse, et s’il peut compromettre la précision de trajectoire en courbe rapide comme nous avons pu le constater sur circuit, il participe à la personnalité attachante de la SVR.


JAGUAR F-TYPE SVR © JAGUAR

LES PLUS

La vigueur et la sonorité démonstrative du V8 compressé

L’équilibre très agile sur départementale sinueuse

Le rapport prix/performances

LES MOINS

L’instabilité au freinage

La réponse peu linéaire de la direction

Le surcoût par rapport à la R de 550 chevaux


JAGUAR F-TYPE SVR © JAGUAR

Sous le capot de la Jaguar F-Type SVR Coupé/Cabriolet

Moteur : V8 suralimenté par compresseur volumétrique

Cylindrée : 5 000 cm3

Puissance : 575 ch à 6 250 tr/min.

Couple : 700 Nm de 3 500 à 5 000 tr/min

Transmission : 4 roues motrices

Boîte : automatique 8 rapports

Dimensions L x l x h : 4 470 x 1 923 x 1 314 mm

Coffre : 310 l / Cabrio 207 l

0 à 100 km/h : 3,7 s

Vitesse : 322 km/h / 314 km/h

Consommation : 11,3 l / 11,3 l

CO2 : 269 g/km (malus de 8 000 €)

Poids : 1 705 kg (2,97 kg/ch) / 1 720 kg (2,99 kg/ch)

Prix : Coupé 139 500 euros / Cabriolet 146 550 euros

Site internet: www.jaguar.fr/

Bentley investit dans la pierre

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juil 142016

Luxe peut parfois rimer avec innovation. C’est en tout cas ce que Bentley tente de démontrer grâce à Mulliner, son département de personnalisation célèbre pour satisfaire les clients les plus riches et excentriques de la marque. Vous savez, ceux qui n’hésitent pas à débourser quelques dizaines de milliers d’euros pour une sellerie assortie à leur costume ou à leur rouge à lèvres préféré.

0,1 mm d’épaisseur

Pour ceux d’entre eux qui seraient allergiques ou plus probablement simplement lassés de la ronce de noyer ou de toute autre essence de bois précieux, l’artisan anglais a développé une nouvelle technique de « placage de pierre ». La difficulté du procédé consiste à tailler sans les casser des tranches ultra-fines mais de grande surface d’ardoise ou de quartzite sélectionnée à la main dans les carrières indiennes du Rajasthan et d’Andhra Pradesh. Ces plaques de pierre sont ensuite collées sur une paroi en fibre de verre enduite de résine. Après ponçage, il ne reste plus qu’un dixième de millimètre d’épaisseur de matière minérale, ce qui permet non seulement de limiter la masse de l’insert décoratif, mais surtout de sublimer son aspect en laissant apparaître en transparence les veines de la pierre.


Quatre nuances de couleur sont proposées par Mulliner, le département personnalisation de Bentley. © BENTLEY

4 nuances de couleur

Proposés sur les modèles Continental et Flying Spur, ces plaquages de pierre sont disponibles en 4 nuances de couleur : Galaxy (un gris tirant sur l’anthracite), Blanc Automne, Rouge Terre, et Cuivre. Une corde de plus à l’arc de Mulliner, qui continue bien sûr à satisfaire les demandes les plus extravagantes des clients Bentley, des simples selleries brodées d’initiales aux modifications de carrosserie les plus spectaculaires. Le prix de l’option des inserts ardoise ou quartzite n’a pas encore été annoncé.

Passez le week-end avec Michel Houellebecq

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juil 132016

Ce n’est pas que j’aime Michel Houellebecq. Ce n’est pas que je l’apprécie ou que je l’admire, que je trouve du plaisir à le lire, c’est bien plus que cela : je suis fan. Ça ne sonne pas très intellectuel, j’en conviens, ni très littéraire, mais je l’assume. Fan, c’est le mot juste.

Un mot qui vient de l’anglais fanatic, utilisé pour la première fois à la fin du XIXe siècle aux États-Unis, à propos des joueurs de base-ball. On en a laissé tomber la fin par commodité, et c’est ainsi raccourci qu’il a fait le tour du monde. Des fans par millions, partout, dans le domaine du sport, du cinéma ou de la musique.

Fan d’un acteur, d’un chanteur ou d’un joueur de foot, on connaît donc. On a tous plus ou moins fait cela, dans les tempêtes hormonales de l’adolescence. Posters punaisés au mur, collection de tout ce qui se rapporte à l’idole, possession de l’œuvre complète ou connaissance exhaustive des matches disputés, biographie connue sur le bout des doigts. Pascal Obispo en parle très bien dans la chanson « Fan », à propos de Michel Polnareff dont il est fou :

J’ai vécu sous des posters

À me croire seul à connaître

Tout de vous.

SWITZERLAND-CONTEMPORY-ART-BIENNIAL © FABRICE COFFRINI SWITZERLAND-CONTEMPORY-ART-BIENNIAL © FABRICE COFFRINI
SWITZERLAND-CONTEMPORY-ART-BIENNIAL © FABRICE COFFRINI

Pas de poster de Michel Houellebecq

Mais fan d’un écrivain ? Il y aurait un côté sacrilège à utiliser ce mot : la littérature, c’est sérieux. Fans et foules en délire ne se rencontrent guère que du côté de la fantasy, de Terry Pratchett à J. K. Rowling, l’exaltation portant plus sur le monde imaginaire offert – et ses produits dérivés – que sur l’auteur lui-même. En ce qui concerne la littérature générale, le fan se fait discret, il se préfère lecteur assidu, spécialiste ou connaisseur.

Si je n’ai jamais punaisé au mur de poster de Michel Houellebecq, c’est certainement parce qu’il ne s’en vend pas. Ou parce que, l’âge aidant, je tiens désormais trop à mon papier peint. Mais pour le reste, quelle différence ? Je collectionne avec un soin maniaque tous les articles qui parlent de lui, l’ensemble des critiques littéraires à la sortie de ses livres, la totalité de ses apparitions vidéo sur Internet. Je possède bien sûr toute son œuvre, romans, poésie, essais, ainsi que tous les ouvrages que l’on a publiés sur lui. J’ai même poussé le vice jusqu’à en écrire un moi-même, et me voilà aujourd’hui à réaliser ce Duetto. Je connais sa biographie dans les moindres détails et, quoique ma mémoire me le permette de moins en moins, des paragraphes entiers de ses romans tout à fait par cœur. Le diagnostic est clair, les symptômes évidents.

Fan contient donc sa dose de fanatisme. D’admiration XXL. D’enthousiasme que rien ne tempère. De passion, plus qu’un zeste. Adhésion totale, approbation complète, en toutes circonstances. Exaltation possible. Ardeur, joie. Tentation de l’excès parfois, dérive vers l’obsession à surveiller. Je n’en suis pas encore là. Quoique.

FRANCE-EXHIBITION-HOUELLEBECQ © MIGUEL MEDINA FRANCE-EXHIBITION-HOUELLEBECQ © MIGUEL MEDINA
FRANCE-EXHIBITION-HOUELLEBECQ © MIGUEL MEDINA

Plateforme, le choc

Tout a commencé en 2001. Houellebecq écrivait depuis une décennie déjà mais, je ne sais pourquoi, je n’avais jamais rien lu de lui. À cette époque-là, je fouettais d’autres chats, il faut croire. Et puis un jour, un ami m’offre Plateforme. Le choc. Choc des vérités crues, de l’ironie mordante et de l’ambiguïté volontaire des propos. Je suis bousculée. La critique ne retient que les scènes de sexe, moi je vois surtout, par le truchement du narrateur, un homme égaré et totalement inapte aux relations sociales : c’est dans le rapport à autrui qu’on prend conscience de soi ; c’est bien ce qui rend le rapport à autrui insupportable. Un désespoir morne suinte entre les pages, paradoxalement il me réjouit : la solitude existentielle du narrateur pulvérise la mienne.

Curieuse, impatiente, je me précipite sur le premier roman, écrit en 1994 : Extension du domaine de la lutte. Un titre magnifique. L’intérieur est assorti, peut-être pas beau au sens où on l’entend habituellement, mais puissant. L’antihéros médiocre qui traîne sa solitude de boîtes de nuit en chambres d’hôtel me touche. Ni tragédies exemplaires ni destinées édifiantes, Houellebecq décrit ce qu’on n’avoue jamais et qui a priori ne fait pas littérature, nos faiblesses ridicules, nos mesquineries honteuses, nos quotidiennetés animales. Il nous accorde le droit d’être moche, lâche et velléitaire. Je jubile, je me sens mieux, comme en famille : fini, l’obligation d’être parfait, séduisant, performant, toujours d’attaque. La vraie vie retrouve ses droits, avec l’autodérision comme seul mécanisme de protection. Il me paraissait normal que, faute d’événements plus tangibles, les variations climatiques en viennent à prendre une certaine place dans ma vie. L’errance vers l’hôpital du narrateur se croyant victime d’une crise cardiaque, terrorisé et seul, titubant de douleur sur le trottoir, provoque chez moi un bruit de serrure qui s’ouvre : je ne suis pas la seule à être totalement hypocondriaque. Je me délecte aussi des adjectifs désopilants : le papier peint était décourageant. Je pense à cette phrase à chaque fois que je me trouve dans un endroit à la décoration incertaine. Houellebecq commence à m’accompagner partout et c’est avec ce livre que je deviens fan, envahie par ce sentiment que Houellebecq et moi nous nous ressemblons : un symptôme classique mais délicieux.

Erreur judiciaire littéraire

Je poursuis avec Les Particules élémentaires, encore un très beau titre. Le livre a raté le Goncourt de peu en 1998, le jury lui ayant finalement préféré le roman de Paule Constant. Roman que Houellebecq avoue trouver nul, avec la liberté de ton que je lui découvre dans les articles relatant les polémiques de l’époque. J’aurais tout à fait supporté de l’avoir, confie-t-il dans un entretien avec le journaliste Antoine de Gaudemar. L’intelligence malicieuse de la formule me comble : j’en suis certaine, je ne vais pas seulement m’attacher à l’œuvre, mais aussi à l’homme qui la produit. On le soupçonne d’adhérer aux thèses du gourou Raël, tout comme on l’a soupçonné par la suite de racisme au sujet de Plateforme. Même les meilleurs critiques se mettent à confondre l’auteur et le narrateur. Et ce n’est que le début. Je ressens cela comme un innocent doit vivre une erreur judiciaire : je bous, ça brûle, je m’énerve. Je trouve l’apaisement dans la lecture plusieurs fois recommencée des Particules. Page 48 : À l’époque, Michel avait des idées modérées sur le bonheur. Les adjectifs encore, inattendus, décalés. Page  184 : « Il faut envoyer vos textes à Sollers. » Un peu surpris, Bruno se fit répéter le nom – il s’aperçut qu’il confondait avec une marque de matelas, puis envoya ses textes. Est-ce que cela ne fait rire que moi  ?

En 2005, je ne manque pas la sortie de La Possibilité d’une île. Un titre comme une promesse de bonheur. Mais je renâcle un peu, le sujet ne m’enthousiasme pas, je redoute la science-fiction. Je remets à plus tard et décide de me plonger dans H. P. Lovecraft, Contre le monde, contre la vie, un essai publié en 1991 par un Michel Houellebecq alors totalement inconnu. Le livre est sombre et envoûtant, traversé de désenchantement. L’incipit donne le ton : la vie est douloureuse et décevante. Inutile par conséquent d’écrire de nouveaux romans réalistes. Sur la réalité en général, nous savons déjà à quoi nous en tenir ; et nous n’avons guère envie d’en apprendre davantage. Pourtant, c’est bien ce que vous allez faire, cher Michel Houellebecq, écrire des romans sur la réalité telle qu’elle est, et la pousser dans ses derniers retranchements. Le regard politique sur le monde est déjà présent lui aussi et le texte annonce clairement le futur Extension du domaine de la lutte : Le capitalisme libéral a étendu son emprise sur les consciences ; marchant de pair avec lui sont advenus le mercantilisme, la publicité, le culte absurde et ricanant de l’efficacité économique, l’appétit exclusif et immodéré pour les richesses matérielles. Pire encore, le libéralisme s’est étendu du domaine économique au domaine sexuel. Le culte absurde et ricanant de l’efficacité économique, on ne saurait mieux dire, il suffit d’allumer son téléviseur. Je pense à cette formulation à chaque fois que cela m’arrive, lorsque je chipote dans mon plateau-repas en regardant ARTE Journal.

Bonheur et stupéfaction

L’année 2008 sera en demi-teinte : le bonheur de lire Ennemis publics, et la stupéfaction de découvrir la mère de Houellebecq, vomissant sa haine avec la complicité des médias, ravis de l’aubaine. Je suis envahie d’un sentiment d’empathie, voire d’une sorte de pitié : la mère hystérique, comme un fardeau éternel. Elle ne lui épargne rien, dans cette autobiographie qu’elle publie sans vergogne aucune. C’est là que me vient l’idée – pas encore nette mais déjà obsédante – d’écrire moi aussi un livre sur Houellebecq, en réparation. C’est idiot mais je vais le faire quand même, La Bonne Distance sortira en 2014 sans que je sache jamais si mon héros en aura eu connaissance. En attendant, je me plonge dans Ennemis publics, je tourne sans m’attarder les pages contenant les lettres de BHL que je n’apprécie guère, et je m’abîme avidement dans celles de Houellebecq. Il parle de lui avec une sincérité touchante, de la difficulté de vivre, du processus de l’écriture, de ses rapports houleux avec les médias, inexistants avec sa famille. Houellebecq tel qu’en lui-même. J’ai eu de plus en plus souvent, il m’est pénible de l’avouer, le désir d’être aimé. D’être aimé simplement, de tous, comme peuvent l’être un sportif ou un chanteur. Tiens, tiens. Mais vous êtes aimé, monsieur Houellebecq, comme un sportif ou un chanteur : vous avez vos fans, je suis bien placée pour vous l’assurer. À la lecture de ces deux phrases, le désir absurde mais intense de prendre Houellebecq dans mes bras. Je lui dois bien ça, puisqu’il m’a décomplexée de toutes mes imperfections douteuses : j’ai le droit d’être minable, ridicule. Si je veux.

Les grands auteurs, les livres qu’on aime, aident à vivre. C’est très exactement l’effet que produisent sur moi les textes de Houellebecq : ils me rassurent sur mes incompétences existentielles, ils me montrent que mes imperfections sont universelles, humaines, normales en somme. Ils me disent que je ne suis pas la seule à désespérer du monde, à ne pas trouver excitantes les injonctions qu’on nous assène à l’impératif : soyez heureux, performants, maigrissez, vivez à fond, jouissez sans entraves, consommez tant que vous pouvez. Son pessimisme est stimulant, son désespoir tonique comme une vitamine : lui-même est le premier à en rire. Sa détestation du monde tel qu’il est – matérialiste, décevant, frustrant – ne l’empêche pas d’éprouver un espoir d’amour, de tendresse et, à bas bruit, entre les lignes, de bonheur possible. C’est paradoxal mais le « professeur de désespoir » décrit par Nancy Huston réconforte. Il émane de lui une douceur qui ne m’échappe pas. À chaque lecture, l’envie de remercier, pour la lucidité et le partage.

FRANCE-LITERATURE © LIONEL BONAVENTURE FRANCE-LITERATURE © LIONEL BONAVENTURE
FRANCE-LITERATURE © LIONEL BONAVENTURE

Poésie désenchantée

Quelque temps plus tard, je me décide enfin à lire La Possibilité d’une île et je découvre un livre doux-amer à la poésie désenchantée. Le livre est tendu entre deux vents contraires, le dégoût du monde et la compassion. Peu de gens s’en aperçoivent, mais il y a chez Houellebecq une vraie capacité de commisération, ce qui n’a pas échappé à son ami Bernard Maris lorsqu’il écrit en 2014 Houellebecq économiste. À la sortie de La Possibilité d’une île, un journaliste évoque un « écrivain moyen » ayant commis « un livre mal construit » – je m’étrangle en lisant ça – et enfonce le clou : « Ses lecteurs sont des gens qui se sentent laissés-pour-compte, qui sont humiliés dans leur entreprise ou sexuellement à la ramasse ». Voilà qui est commode. Les lecteurs de Houellebecq seraient déprimés, les amateurs de Bukowski alcooliques et ceux de Sagan drogués ? Je ne me reconnais pas dans ce portrait hâtif façonné à la truelle. Mais nous voilà, Houellebecq et moi, embarqués dans le même navire de détestation, ce qui d’une certaine manière me fait plaisir.

À la page 311 de la version Livre de Poche, le narrateur – un humoriste en vogue – raconte les relations qu’il a eues avec l’une de ses fans : J’aurais dû me méfier quand j’ai vu sa robe d’intérieur, j’ai quand même réussi à partir sans lui infliger d’humiliation trop lourde. La pauvre insistera pendant des années, sans réussir à faire revenir le narrateur dans sa chambre. L’épisode me laisse rêveuse, heureusement je ne porte pas de robe d’intérieur. C’est promis, si un jour j’en trouve le courage, je ne ferai rien de plus que vous écrire, cher Monsieur Houellebecq. Je ne voudrais pas prendre le risque de vous inspirer de pareilles pages : c’est drôle mais tout de même assez féroce.

On est en 2009. Houellebecq est en train d’écrire La Carte et le Territoire, mais je l’ignore. J’ai lu tous ses livres déjà parus, je peux faire un retour en arrière et m’arrêter sur le style – que d’aucuns disent inexistant – avec un peu de matière pour étayer mes réflexions. Je suis fascinée par l’efficacité de tous les processus d’atténuation employés : la litote, les adverbes habilement distillés, les propos toujours très en dessous de la tonalité affective attendue. Le procédé suggère la résignation, la distance amusée, le détachement obtenu par effraction. Je me régale. L’identification atteint son maximum : Houellebecq et moi sommes faits pour nous entendre. Je suis à l’affût des points communs que nous pouvons avoir : une passion pour Neil Young, Iggy Pop et la musique des années 1970, des résultats scolaires honteusement bons qui font la jalousie des camarades, les difficultés de progression dans la jungle amoureuse. Je vois aussi des endroits de discordance, des travers, des défauts, mais je les aime aussi : ils m’attendrissent. Mes amis, un peu perplexes devant cet attachement dévorant, me questionnent régulièrement : Mais qu’est-ce que tu lui trouves ? Tout, je lui trouve tout, voilà la réponse du fan. Tout ce qu’il dit ou fait reçoit mon approbation, mon admiration sans réserve et, la plupart du temps, méritée. J’aime l’acuité de son regard sur la déliquescence de la société, son immense culture, et l’intelligence de chaque propos tenu, même en face de questions indigentes. Son apparence physique fatiguée ? Il a le courage de s’assumer tel qu’il est, à moins qu’il ne milite avec son propre corps contre le jeunisme ambiant. Ses propos provocateurs ? Sa liberté de ton est rafraîchissante, au milieu de la bien-pensance généralisée. Sa croisade contre certains journalistes ? Ils l’ont bien mérité, pour l’avoir traité avec si peu de respect. Je ne vois aucun auteur contemporain auquel on ait réservé un tel traitement médiatique. Irait-on chercher des anecdotes croustillantes – et plus ou moins falsifiées – sur Jean d’Ormesson, Patrick Modiano, Christian Bobin ou Régis Jauffret ? Chaque remarque fielleuse, chaque sous-entendu grossier, chaque scoop mal vérifié et dont la rectification passe inaperçue, chaque interprétation malveillante de son œuvre ou de ses propos me rend malade. À une époque, j’ai inondé certaines personnes de courriers vengeurs pour crier ma réprobation, la colère m’étouffait. Puis j’ai cessé, ayant pris conscience de l’inanité de telles démarches. Lire et faire lire l’œuvre de Houellebecq reste la meilleure arme de réhabilitation.

Le désenchantement hilarant

2010, sortie de La Carte et le Territoire. Je me précipite dès le premier jour et emporte le livre tout juste sorti des cartons du libraire. Le bonheur est total. Le livre est bon, excellent même, vraisemblablement celui que je préfère, juste après Extension du domaine de la lutte. Il explore le terrain de l’art contemporain, de ses vanités et ses excès et prophétise une France désindustrialisée, réduite à un parc d’attractions rural pour touristes chinois. Houellebecq s’y met lui-même en scène avec une autodérision implacable et une férocité jubilatoire : l’écrivain est un débris torturé qui a complètement replongé au niveau charcuterie. Personne ne me fait rire comme Houellebecq : il a le désenchantement hilarant.

Le regard politique est toujours aussi acéré, mais le sujet ne passionne pas les journalistes. Ceux qui espéraient une polémique sont déçus, alors ils se vengent, ils clament que le roman est tiède, que Houellebecq s’affadit, pire, qu’il s’édulcore lui-même pour avoir le Goncourt. Et voilà qu’il l’obtient. Les Envieux triomphent : On vous l’avait bien dit ! Moi je suis heureuse : La Carte a eu le Goncourt parce qu’il le mérite, tout simplement. Parce qu’il était temps que l’on se rende compte du talent de Houellebecq, et que l’on cesse de parler de lui plus que de son travail. Je suis heureuse et j’imagine cette joie partagée, malgré le peu d’enthousiasme des journalistes – c’est un euphémisme – le jour de la remise du prix. Houellebecq ne fait rien pour cela, mais il a besoin qu’on l’aime, comme tout le monde. Le Goncourt est un baume pour ses plaies médiatiques, cela se voit déjà à la première interview qu’il donne le lendemain matin sur France Inter : décoiffé par une nuit qu’on imagine déraisonnablement alcoolisée, l’air de celui qui a réussi un bon coup, il pétille de malice dans sa parka verte. Au printemps de l’année suivante, je visite un jardin botanique. Le guide nous dit que les fleurs sont les organes sexuels des plantes, et me revient une phrase du livre : « […] les fleurs ne sont que des organes sexuels, des vagins bariolés ornant la superficie du monde, livrés à la lubricité des insectes ».

 Michel Houellebecq © Olivier Dion  Michel Houellebecq © Olivier Dion
Remise du prix Goncourt 2010 pour Michel Houellebecq » La carte et le territoire » Flammarion © Olivier Dion

Houellebecq a disparu

Viennent ensuite quelques années difficiles. Pour une fan, je veux dire. Houellebecq écrit peu, un livre tous les quatre ans, le lecteur doit être patient. Un jour il disparaît, on s’alarme. Il réapparaît, surpris qu’on ait fait tout ce tapage à propos de son absence. Des rumeurs circulent, il boirait beaucoup, il serait peut-être même malade. Voire incapable d’écrire. La Carte et le Territoire pourrait bien être son dernier roman. Je suis inquiète. Pendant ce temps, j’essaie d’écrire mon livre sur lui, pour conjurer le sort. Le temps passe. Et puis d’autres bruits, bien plus agréables : on est en 2014, un nouveau Houellebecq est imminent. Je respire. J’attends. On m’offre l’album de Jean-Louis Aubert, Les Parages du vide, textes de Michel Houellebecq. Je chante à tue-tête dans ma voiture. C’est la face B – de l’existence… L’auteur majeur dans l’autoradio, une proximité nouvelle. Tout me réjouit. Je vais voir Near Death Experience, je découvre que Houellebecq a de belles jambes, fines et nerveuses. C’est idiot, mais ça m’attendrit. L’idole abstraite devient chair, je n’en connaissais que le visage et les mains, et voilà qu’elle a des jambes, probablement un estomac aussi, des poumons, des pieds.

En novembre, on nous annonce officiellement la sortie de Soumission pour début janvier 2015. Je répugne à le dire, mais je suis un peu déçue : le titre ne me plaît guère, il n’a pas la dimension poétique des précédents. La promotion est à peine commencée que surviennent les attentats du 7 janvier. Comme tout le monde, je suis débordée par l’émotion. La littérature passe au second plan. La sortie du livre aussi, au début. Puis elle se télescope avec l’actualité : Houellebecq aurait écrit un brûlot anti-islam. Juste au bon moment, disent ceux qui l’ont toujours taxé d’opportuniste. On ressort les polémiques nées autour de Plateforme, les propos de l’écrivain sur l’islam, on s’emballe. Moi je repense à l’une de ses déclarations de 2011, reprise par le journal Libération : « Il y a un surcroît revendicatif de la part des musulmans depuis quelques années. » Au-delà de la gravité du sujet, le surcroît revendicatif m’avait beaucoup fait rire : une formulation inattendue, qui prenait en 2015 un surcroît de pertinence. Quoi qu’il en soit, le venin se répand, le livre est vomi parfois même avant d’être lu. À partir de là, on quitte tout à fait le champ littéraire. Les journalistes spécialisés se transforment en procureurs politiques ou, pire, en rédacteurs people. En 2000 déjà, un journaliste disait : « Autour du phénomène Houellebecq, tout le monde oublie qu’il faut parler de littérature. » Bien que son narrateur se sente aussi politisé qu’une serviette de toilette, Soumission devient un objet politique. La littérature a disparu, le mot islamophobe circule comme la peste au Moyen Âge, la gauche et la droite s’emmêlent dans leurs arguments et les réseaux sociaux prennent feu. J’essaie vaillamment de répandre une autre parole, je fais des commentaires argumentés, je suggère la lecture du livre avant toute prise de position, je me fais copieusement insulter. Houellebecq en prend plein la figure, avec des termes qui me font de la peine. Est-on jamais assez solide pour affronter une pareille tempête ? Il a beau écrire dans La Carte et le Territoire : « On peut travailler en solitaire pendant des années […] vient toujours un moment où l’on éprouve le besoin de montrer son travail au monde, moins pour recueillir son jugement que pour se rassurer soi-même sur l’existence de ce travail, et même sur son existence propre […], je ne suis pas sûre qu’une telle réception fasse plaisir. » La compassion m’envahit. Je pars en croisade, partout où je peux. J’explique, je démontre, je rassure. Une goutte d’eau dans l’océan médiatique. Heureusement, à l’étranger, en Italie d’abord, puis en Allemagne, le livre fait un carton. Nul n’est prophète en son pays, c’est bien connu. Comme souvent, je lis le roman deux fois de suite : la première à toute vitesse, pour calmer ma curiosité, la seconde plus posément, pour laisser les mots diffuser, souligner ce qui m’emporte, retourner en arrière. En vieillissant, je me rapprochai moi-même de Nietzsche, comme c’est sans doute inévitable quand on a des problèmes de plomberie. Le vieillissement vu par Houellebecq : obsédant, glauque et réjouissant.

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Michel Houellebecq , mai 2014 © Jerome Bonnet

Houellebecqmania

L’orage passe. À cause des polémiques de janvier, Houellebecq a écourté la promotion de Soumission en France. Je n’aurai pas l’occasion de le rencontrer, ni ici, ni là, ni ailleurs. Il va falloir patienter encore. De passage à Paris, je vais faire quelques courses inutiles dans la supérette que, paraît-il, l’écrivain fréquente. Je traîne dans les rayons climatisés bien plus que le temps nécessaire, espérant avoir la chance de le croiser poussant un caddie. Évidemment, rien ne se produit. Les probabilités étaient infimes, j’en conviens, mais la houellebecqmania me rend imperméable à toute rationalité. À la maison, je lis les travaux des universitaires français, suisses ou canadiens, qui paraissent sur le sujet. Je relis Extension du domaine de la lutte, je le fais découvrir aux personnes qui fréquentent mes ateliers d’écriture. J’offre La Carte et le Territoire à mes amis. Je fais ce que je peux, là où je suis. Je milite, je fais du prosélytisme. Certains lecteurs de mon livre, rencontrés dans les salons, me disent regarder Houellebecq d’un œil différent désormais. Je me sens utile. D’autres s’entêtent : jamais ils ne liront la prose d’un tel personnage. J’argumente, je tente de démontrer, mais je n’y parviens pas toujours. Je me sens coupable. Pendant deux mois, je consacre tous les articles de mon blog à Soumission et aux polémiques qui moisissent autour, je fais un panorama des couvertures choisies à l’étranger, je commente. Le nombre de mes visiteurs atteint un chiffre record. Houellebecq ne fait pas consensus, mais il passionne. Il a ses fans et ses détracteurs, tous aussi acharnés. Je me demande ce qu’il en pense : est-ce que l’enthousiasme des premiers suffit à panser les plaies où fourragent les seconds ?

En juin 2015, Houellebecq reçoit le prestigieux prix de la BnF pour l’ensemble de son œuvre. Tout ce que Paris compte de gens supposés importants est là. L’écrivain porte un costume trop large et une curieuse chemise à carreaux Vichy bleu et blanc, qui lui donnent l’air d’être arrivé là par hasard. On sent qu’il regrette son muscle tee et son gilet à poches. La ministre de la Culture se décommande au dernier moment, alors que tout le monde l’attend déjà dans la grande salle. Tant de désinvolture me navre, cela me rappelle le restaurant Drouant le jour du Goncourt en 2010 : personne n’applaudit. Le camouflet est grossier, brutal. Houellebecq, lui, est stoïque, distancié, élégant : on dirait qu’il ne remarque rien. Moi, j’ai mal pour lui.

Et me voilà, à l’été 2015, dans le creux de la vague littéraire : Houellebecq, d’après les rumeurs, travaille à son futur Cahier de l’Herne et prépare des interviews. Il n’a pas encore commencé l’écriture d’un nouveau roman. Le temps va me sembler long, jusqu’en 2019…

Le problème du fan, c’est qu’il se croit unique. Il écrit et s’étonne qu’on ne lui réponde pas. Il se croit visible parmi l’assistance, alors qu’il n’est qu’un visage dans la pénombre. Il croit être le seul à pouvoir comprendre son idole, à pouvoir le consoler d’une défaite ou partager ses victoires. Il noue une relation forte, dense, exigeante, sans vouloir remarquer qu’elle est unilatérale. Le flot ne coule que dans une direction. Pourtant, c’est cette position peu enviable que je refuse de quitter pour me transformer en simple lectrice assidue. Quoiqu’il arrive, et quoi que vous écriviez, disiez ou fassiez, je resterai, cher Michel Houellebecq, votre dévouée groupie.

FRANCE-EXHIBITION-HOUELLEBECQ © MIGUEL MEDINA FRANCE-EXHIBITION-HOUELLEBECQ © MIGUEL MEDINA
FRANCE-EXHIBITION-HOUELLEBECQ © MIGUEL MEDINA

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Eve Chambrot vit à Nancy, où elle anime des ateliers d’écriture, notamment à Sciences Po. Elle écrit des nouvelles, dont deux ont été primées, et a publié son premier roman, « Le Nœud de pomme » (La Valette Éditeur) en 2013. Admiratrice fervente de Michel Houellebecq, elle écrit en 2014 « La Bonne Distance » (Éditions Envolume), roman épistolaire où l’écrivain figure en tant que protagoniste tout à la fois adulé et fuyant. « La Bonne Distance » sera réédité à l’automne 2015, augmenté de la préface d’un universitaire suisse, spécialiste de Houellebecq et tombé sous le charme du livre. Son troisième roman est sorti en janvier 2016.