Garden-party et dimanche royal

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août 292016

Porté par son titre de plus bel événement automobile de l’année, Chantilly Arts & Elegance Richard Mille voit encore plus grand pour sa 3e édition. Huit cents voitures venues du monde entier vont rivaliser sur les pelouses du domaine de Chantilly. Pépites des pépites, cent d’entre elles participeront au concours d’État des plus belles voitures du monde, réparties en 21 catégories (voitures à vapeur, Grand Prix Bugatti, limousines de voyage, etc.), définies pour l’occasion par Patrick Peter, patron de Peter Auto, initiateur de ce rendez-vous de prestige.


L’Aston Martin DB4 Zagato. © DR

Une collection de femme

Isabelle de Sadeleer, l’une des rares femmes membres du jury, aura à départager ces trésors en connaisseuse. Pilote amateur, cette Suissesse fan de vitesse est aussi une collectionneuse avertie. « Exceptionnel », « extraordinaire » : elle ne se prive pas de superlatifs à propos du domaine et de l’événement lui-même, qu’elle a découverts l’an dernier. « Il existe très peu de grands concours d’élégance dans le monde. Faire partie de l’un deux en si peu de temps, c’est fabuleux. » La clé du succès tient, selon elle, « à l’écrin magnifique, à la qualité des voitures et à l’événement qui concilie le passé et le futur, les voitures anciennes et les concept cars, le tout se marie très bien ». Comme sa propre collection, qui renferme des dizaines de modèles bien à l’abri de l’Automobile Club de Gstaad, qu’elle a cofondé en 2005.

« C’est une collection de femme, faite de coups de cœur, un peu comme une femme peut craquer pour une robe vue dans une vitrine », avoue-t-elle. La comparaison s’arrêterait là si elle n’insistait sur son intérêt pour la ligne, l’esthétique et le coup de crayon du designer. Surtout s’il est italien ! C’est ce qui a justifié sa dernière acquisition, une Vespa 400 « grande comme une table de salon », un joujou de 400 centimètres cubes , qu’elle conduit avec autant de plaisir que sa Fiat Abarth Zagato cabriolet – ayant appartenu à Fernandel –, sa Koenigsegg CCX et sa Pagani Zonda, châssis n° 3, s’il vous plaît, conçue par l’Italien Pagani, dont elle admire les carrosseries en carbone et l’habillage fait main. Son autre chouchoute, c’est son Alpine A110 1600 S, qu’elle pilote avec bonheur, surtout l’hiver. « Avec ses 780 kilos, sa légèreté en fait une merveille à piloter sur neige et sur glace. »

Mais la plus belle voiture d’un collectionneur étant, c’est bien connu, celle qu’il ne possède pas encore, elle rêve d’une Ford GT version 2016, « d’une beauté indécente, féminine dans ses courbes, mais virile dans ses performances ! ». Sa Ford GT de 2005 pourrait bien participer à Chantilly au rallye des supercars, tout comme sa Pagani Zonda, avec, au volant, deux de ses fils, bercés tout petits au son des bolides de leurs parents, passionnés de courses : leur père sur circuit, leur mère en rallye.


L’Alpine A 110 1600 S, chouchoute d’Isabelle de Sadeleer, membre du jury. © DR

Avec sa silhouette juvénile et sa voix posée, on se représente mal Isabelle de Sadeleer fonçant sur la Carrera Panamericana, qu’elle a remportée en copilote en 2014. « Pour une course aussi inhumaine, seule l’adrénaline vous fait tenir ! » Dimanche, cette sportive stylée adoptera comme dress code personnel une tenue chic et classique pour fouler toute la journée les pelouses de Le Nôtre. Avec pour signe particulier le petit chapeau des membres du jury.

Dimanche 4 septembre, de 9 heures à 18 h 30, au château de Chantilly.

Une crème de Garden-Party


© DR

La journée paraîtra courte aux petits et grands décidés à profiter de toutes les animations. Car, en plus de l’accès libre au château et aux grandes écuries, seront proposés des ateliers de chapeaux, des baptêmes en montgolfière, un cours de préparation de crème Chantilly et des régates d’Optimist Capitale du cheval oblige, les arts équestres seront de la partie avec la première participation de la fanfare de la Garde républicaine. Côté glamour, le concours d’élégance de duos de concept cars et de mannequins habillés haute couture devrait, comme l’an dernier, largement séduire.

Entrée, 50 €, gratuit pour les moins de 12 ans. Tout le programme sur www.chantillyartsetelegance.com.

Le banana speed, par Alain Ducasse

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août 282016



INGRÉDIENTS
(9 PERSONNES)

Glace à la vanille

5 jaunes d’œufs

150 g de sucre

50 cl de lait

10 g de poudre de lait

2 gousses de vanille

En amont : préparation de la crème chantilly

75 g de crème Chantilly

30 g de sucre glace

50 cl de crème liquide 35 % de matière grasse (ou fleurette) bien froide

1/2 gousse de vanille

Tuiles à la banane

50 g de chair de banane

15 g de sucre semoule

5 g de farine

1,5 cl de lait

15 g de beurre fondu

Bananes rôties

9 bananes fressinettes

20 g de beurre

20 g de sucre semoule

4 cl de rhum brun

Préparation de la sauce chocolat

150 g de chocolat de couverture noir

12,5 cl de lait

Sauce chocolat

6 cl de crème liquide

37 g de sucre semoule



PRÉPARATION

Glace à la vanille

Entreposer le bol de la sorbetière dans le congélateur. Pendant ce temps, clarifier les œufs puis blanchir les jaunes avec le sucre et la pulpe d’une gousse de vanille. Verser le lait puis la poudre de lait et mélanger. Cuire cette préparation au bain-marie à 83 °C en remuant sans cesse. La faire refroidir dans un saladier de glaçons puis le verser dans le bol de la sorbetière avant de turbiner. Entreposer la glace à la vanille au congélateur.

Tuiles à la banane

Écraser la banane à l’aide d’une fourchette, verser la farine, le beurre fondu, le lait et le sucre puis mélanger. Étaler finement ce mélange sur une plaque tapissée d’une feuille en silicone puis laisser prendre au congélateur pendant 2 heures. Préchauffer le four à 160 °C (th.5) puis enfourner pendant 20 minutes. Les tuiles doivent être bien dorées.

Chantilly

Verser la crème liquide bien froide dans la cuve du batteur préalablement entreposée au congélateur. Ajouter la pulpe de la gousse de vanille. Fouetter en accélérant la vitesse progressivement jusqu’à ce que la crème épaississe. Cesser de fouetter dès que la crème double de volume et forme un bec d’oiseau au bout du batteur. Ajouter le sucre glace tamisé et mélanger délicatement à l’aide d’une maryse. Réserver au réfrigérateur.

Bananes rôties

Peler les bananes fressinettes et les couper en 2 dans le sens de la longueur. Réaliser un caramel à sec en versant le sucre dans une sauteuse puis incorporer le beurre. Remuer jusqu’à ce qu’il soit fondu. Les faire rôtir puis les déglacer avec le rhum. Les glacer de jus de cuisson.

Sauce chocolat

Faire bouillir le lait, la crème et le sucre puis verser le tout sur le chocolat concassé. Mélanger et réserver.

DRESSAGE

Dresser 3 demi-bananes sur chaque assiette. Les napper joliment de crème Chantilly. Déposer une quenelle de glace vanille sur le dessus puis y planter les tuiles à la banane. Décorer de pointes de sauce chocolat et réserver le reste dans une saucière. Servir sans attendre.

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Sonia Rykiel : « J’ai accompli tout ce que j’adorais »

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août 262016


Sa mère avait écrit : « Si Sonia tourne mal, on n’y pourra rien, si elle tourne bien, ce sera formidable. » Le pari a été plus que gagné pour la flamboyante créatrice, qui vient de mourir à l’âge de 86 ans. Il y a deux ans, la reine du tricot avait répondu aux questions du Point. Sur l’air du « Je ne regrette rien ».

Le Point : Quelle est votre plus grande fierté ?

Sonia Rykiel : C’est d’être devenue celle que je suis aujourd’hui. Je suis très fière d’un paradoxe qui m’a beaucoup amusée dans les années 1970 : avec le même manteau noir, j’ai été élue la femme la mieux habillée du monde et la femme la plus mal habillée du monde. Aujourd’hui, je peux bien l’avouer, m’habiller n’est pas trop mon truc. Je suis une faiseuse, j’aime faire les vêtements pour les autres, pas forcément les porter. J’ai aussi quelques décorations formelles à mon palmarès : la Légion d’honneur et le Mérite agricole, car je sais m’occuper des fleurs. Il y a même une rose de cent pétales qui porte mon nom.

Comment se rend-on compte que l’on a l’âme créatrice ?

La création, ça ne s’apprend pas, c’est quelque chose qui vous habite. Tout vous sert, vous bouffez le monde qui vous entoure. J’aurais pu ne rien en faire. J’étais un garçon manqué, j’étais terrible. La seule chose qui m’intéressait, c’était de manger de la pâtisserie fine, de flirter. Ma mère avait écrit une lettre que j’ai retrouvée, où elle disait : « Si Sonia tourne mal, on n’y pourra rien, si elle tourne bien, ce sera formidable. » J’ai bien tourné, ma vie est formidable. La vérité est que je n’avais pas été programmée pour faire de la mode. Chez moi, on était des classiques, des intellos, on ne faisait pas de mode. Mes parents n’ambitionnaient pour moi pas grand-chose de plus que faire des enfants et prendre le thé. Je me suis rebellée. J’ai travaillé et j’ai créé. J’ai accompli tout ce que j’adorais.

Qu’est-ce qui vous a bouleversée dans le siècle qui vient de s’écouler ?

Tout. Les hommes sur la Lune, les accidents de voiture, les progrès de la médecine et de la chirurgie, et tous ces drames écologiques qui me rendent malade. Plus qu’une erreur, nous nous rendrons compte que c’est un désastre. Un type sublime comme Obama aurait dû s’engager sur l’environnement… Il aurait dû s’occuper des problèmes érotiques… non pardon, politiques !

Comme ça, vous trouvez qu’il y a de l’érotisme en politique ?

Oh oui, aussi. Il y a de l’érotisme partout. Mais, en politique, c’est du petit érotisme, c’est de l’érotisme de petit joueur. Le véritable érotisme, c’est la vie, c’est là que se trouve le vrai pouvoir. J’aime bien les hommes séducteurs, les femmes séductrices.

Vous avez eu beaucoup d’amants ?

Oh oui, j’en ai eu pas mal.

Racontez-nous un secret.

J’en ai plein. Mais ils sont très bien cachés. Je peux vous parler de mes souvenirs, plutôt. Par exemple, dans les années 1950, j’habitais dans le 14e arrondissement en face d’une boutique qui s’appelait Laura, tenue par mon mari. Un soir, en venant le chercher, je croise une femme, qui est grossiste et vient le démarcher pour placer d’immenses pull-overs. Je m’approche d’elle et lui demande de m’en faire un juste pour moi, mais à mes critères : des mensurations réalistes. J’étais très mince et tout était toujours trop grand. Elle a accepté. Le jour de la livraison, je déballe mon pull du carton et là, c’est un conte de fées, il y a à ce moment une journaliste de Elle dans la boutique. Elle s’étonne de la taille du pull qu’elle croit être fait pour un petit garçon. Le pull fait la une du magazine. En une fraction de seconde, je suis catapultée reine du tricot… alors que je n’en avais fait qu’un seul !

Un souvenir qui ne s’efface pas ?

J’avais rencontré un jeune homme d’origine polonaise à un bal où je portais une robe longue. Il était grand, il avait des lunettes, il avait l’air d’un intellectuel. On a dansé. Lorsqu’on s’est quittés, il a demandé à me revoir. J’avais 19 ans, c’était acceptable. Il m’a proposé de venir me chercher pour dîner le lendemain. J’habitais avenue des Ternes. Il a sonné à la porte, j’ai ouvert et il a regardé mes jambes. Encore raté : j’étais en pantalon. Vous savez, une femme en pantalon permet de rétablir l’égalité avec les femmes qui ont de jolies jambes… puisque vous ne montrez pas vos jambes ! J’ai épousé ce jeune homme qui passait sa vie à lire. C’est lui qui tenait la boutique avenue du Général-Leclerc, la première boutique de mode sur la route d’Orly. Celle où s’arrêtaient toutes les Américaines fraîchement atterries en France. C’est ici que tout a commencé.

Que souhaitez-vous de bon aux générations qui viennent ?

On ne peut pas aujourd’hui avoir des enfants et être serein. Je leur souhaite d’être forts pour résister à ce qui va arriver. Je leur recommande de ne pas jouer avec les études, une bonne culture est indispensable. Je suis assez attachée à des choses bêtes comme l’orthographe et la forme classique de l’enseignement. Je leur souhaite de ne pas se laisser aveugler par les nouvelles technologies. Aujourd’hui, on ne peut pas se balader dans la rue sans voir des gens vissés à leurs écrans. Il ne faut pas nier le progrès, le monde se connecte, c’est une bonne chose, mais tout vire à l’obsession

Sonia Rykiel : mort d’une femme affranchie

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août 242016

Reconnaissable entre mille, la mode de Sonia Rykiel aura préfiguré la libération du corps des femmes dans sa version chic et désinvolte, très germanopratine. Surnommée la reine du tricot, la couturière parisienne a indéniablement inscrit son style dans l’histoire de la mode, instaurant la désormais célèbre « allure Rykiel ». Son décès, qui intervient en pleine polémique sur le burkini, a d’ailleurs donné l’occasion à François Hollande de rendre hommage à une « femme libre, une pionnière qui a su tracer sa voie ». Sonia Rykiel « a inventé non seulement une mode, mais aussi une attitude, une façon de vivre et d’être, et offert aux femmes une liberté de mouvement », a ajouté le chef de l’État, qui avait élevé la créatrice au rang de Grand Officier de l’Ordre national du mérite en novembre 2013.

Retour sur le parcours d’une femme affranchie.

Les débuts d’une autodidacte

Sous son invariable frange rousse automne et son carré légèrement frisotté, cette Parisienne aux accents russo-roumains est devenue une légende de la mode par le plus grand des hasards. Mariée à Sam Rykiel en 1954, propriétaire de Laura, une boutique de vêtements du 16e arrondissement, la jeune autodidacte tricote innocemment ses premiers pull-overs, qui sans qu’elle s’en doute deviendront sa marque de fabrique. N’ayant reçu aucune formation de styliste – et les pull-overs étant jusque-là plutôt déconsidérés –, Sonia Rykiel demande à l’un des fournisseurs de son mari de lui créer un pull court, confortable, pratique et discret pour son usage personnel.


La couverture de « Elle » en 1963. Françoise Hardy en pull Rykiel © Elle

La jeune femme l’ignore, mais à travers cette requête, c’est l’allure Rykiel qui est en train de naître : un style chic et décontracté, alliant désinvolture et élégance. Rapidement, la styliste en herbe se découvre une véritable vocation et parvient à se faire connaître. De fil en aiguille, les acheteuses se manifestent et, en 1963, le magazine ELLE met à la une Françoise Hardy habillée d’une fine maille Rykiel rayée de rose et de rouge. C’est la consécration ! Audrey Hepburn en personne cède à la tentation « Rykiel » et la première boutique Sonia Rykiel voit le jour rive gauche, au 6 rue de Grenelle, à quelques pas du domicile de la couturière à Paris.

Carton

À travers la réhabilitation du bon vieux pull-over, Sonia Rykiel met au goût du jour une mode nouvelle, dédiée aux femmes libres et actives. Des créations plus réalistes que les tailleurs étriqués, les tops aux carrures surdimensionnés ou les infamants corsets. À l’affiche : pulls-chaussettes, mailles fines, tricots fluides laissant découvrir une épaule… Jamais rassasiée par la nouveauté, la couturière lance la célèbre « démode » dans les années 75 : une mode à contre-courant qui met à l’honneur coutures et ourlets pour toujours plus de liberté d’évolution dans le vêtement. À cette époque, le noir, le rose, les rayures, les paillettes et les messages sur pull-overs caractérisent la mode de la couturière germanopratine. Le succès est au rendez-vous et les boutiques s’ouvrent aux quatre coins du monde.

FASHION-RYKIEL-5 © PIERRE VERDY AFPFASHION-RYKIEL-5 © PIERRE VERDY AFP
Sonia Rykiel  et ses mannequins en 1998 fête ses 30 ans de carrière © PIERRE VERDY AFP

Enfin précurseur – et peu snob –, la rousse mutine se risque avec l’une des premières collaborations en 1977 en s’associant avec la marque Les 3 Suisses. Résultats des courses : un véritable carton ! Victime de son succès, la pétulante couturière s’embarque toujours dans de nouvelles aventures (parfum, collection pour enfant, ligne de chaussures, collection homme…) avant de passer le flambeau à sa fille, Nathalie, qui l’épaule depuis l’âge de vingt ans.

Enfin à ceux qui pensent que la mode est un univers sans pitié où chaque créateur – mégalo, forcément – tente un peu plus chaque jour de tirer la couverture en orylag à lui, Sonia Rykiel prouve le contraire. En 2008, loin de l’arrivisme, une quarantaine de créateurs (Jean Paul Gaultier, Ralph Lauren, Martin Margiela …) se sont donné rendez-vous pour fêter les quarante ans de carrière de la petite dame rousse autour d’un défilé anniversaire surprise. Une façon de rappeler que les grands êtres rassemblent.

Comment Volkswagen a plié devant un fournisseur déterminé

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août 232016

C’est un sévère coup de frein qui vaut coup de semonce. Entre le pot de terre des fournisseurs et le pot de fer du constructeur tout-puissant, cette fois, les rôles étaient inversés. En recherchant et en trouvant rapidement un accord aujourd’hui avec ses fournisseurs mécontents, Volkswagen acculé a pour un temps mis fin à un conflit qui touchait ses usines parmi les plus puissantes en Allemagne, plus de 28 000 employés et la voiture la plus emblématique de la marque, la Golf.

À un moment où le groupe tente de s’extirper de la calamiteuse affaire des logiciels moteurs truqués, ce conflit survenu en plein mois d’août ne faisait pas bon effet. Il fallait donc éteindre un incendie naissant provoqué par deux petits fournisseurs lassés d’être laminés par les exigences du « donneur d’ordres ». Une attitude observée avec stupeur par les autres fournisseurs qui tremblent à l’idée d’être radiés de la liste des partenaires du géant de l’automobile allemand. Seulement voilà, Volkswagen ne disposait pas de solution de rechange pour les fabrications de ces fournsiseurs qui le tenaient ainsi à leur merci depuis début août.

Attitude inacceptable

Un moment envisagé, le bras de fer a été évité en dernier ressort car cela impliquait trop de monde. De plus, le recours au fond de garantie allemand pour indemniser les chômeurs n’avait pas bonne presse comme l’a vertement expliqué le député Karl Schiewerling. du parti conservateur CDU. « Le chômage partiel n’est pas une caisse de grève pour les entreprises qui se trouvent en lutte économique et sciemment ne respectent pas leurs contrats », avait-t-il prévenu.

C’est donc lui, le géant de l’automobile, qui a plié, soucieux à la fois d’étouffer l’affaire et de relancer les chaînes de Wolfsburg (Basse-Saxe) et de Zwickau (Saxe) qui assemblent la Golf et celles d’Eden dans le nord de l’Allemagne, en charge des Passat. Les frondeurs de Automobilguss GmbH, installés localement mais membres du conglomérat Prevent basé en Slovénie, ne mâchaient pas leurs mots.

« Volkswagen nous amène à ce blocage contre notre gré, mais notre devoir est de protéger nos salariés et d’assurer l’avenir de l’entreprise », a dit Alexander Gerstung, directeur d’ES Automobilgus, jugeant par ailleurs l’attitude du groupe Volkswagen à l’égard de ses fournisseurs « inacceptable et pouvant mener n’importe quelle petite entreprise à la ruine ».


Le montage des boites de vitesse sur la chaine de la Golf © DR

Cherchant des signes d’économies dans tous les secteurs, Volkswagen, confronté aux amendes colossales et aux coûteuses réparations entraînées par le dieselgate, aurait choisi de pressurer un peu plus encore les fournisseurs. Selon la presse allemande, les efforts à consentir porteraient sur plusieurs milliards d’euros, une ponction supplémentaire qui ferait sortir Prevent de ses gonds. À cela une bonne raison, le groupe qui oeuvre également dans les domaines de la plaisance, du mobilier et de l’habillement a à sa tête Nijaz Hastor, qui a largement aidé jadis Volkswagen à pénétrer le marché des Balkans.

Pot de terre

L’affaire reprise par les deux fils du fondateur parie sur l’extension de la présence dans l’automobile depuis le rachat de la fonderie ES Automobilguss, dont les pièces manquent aux boîtes de vitesse de Volkswagen. Ils ont acquis ensuite Car Trim, qui fournit les housses de sièges de Passat mais dont la renégociation du contrat achopperait, selon les milieux proches de Volkswagen, sur des problèmes de qualité.

Pour dénonciation de contrat, Prevent réclamait à Volkswagen 58 millions d’euros, selon la Süddeutsche Zeitung. En dépit d’une pression judiciaire de Volkswagen avec obligation de livrer, Prevent n’avait pas obtempéré et c’est donc, chaînes proches de l’arrêt, que Volkswagen a trouvé finalement un accord. Il permettra au fabricant de la Golf de reprendre « progressivement » sa production, très perturbée.

Les différentes parties ont choisi de garder le silence sur le contenu de l’accord. Et notamment de cette usine de Sarajevo détenue en copropriété entre Volkswagen et Prevent, ceux-ci ne parvenant pas depuis des années à une solution. Le face à face risque fort de marquer un tournant dans les relations entre le groupe et ses fournisseurs lorsqu’on saura vraiment qui, du pot de terre ou du pot de fer, a vraiment gagné.

Consultez notre dossier : Le scandale Volkswagen

L’histoire secrète des fruits : la pêche, l’aristocrate au sang chinois

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août 212016

Pourquoi « pêche » ? Ne cherchez pas trop loin, cette dénomination est tout simplement empruntée à la Perse. C’est Alexandre le Grand qui, dit-on, aurait rapporté ce magnifique fruit d’origine chinoise. Son nom savant est encore plus explicite : Prunus persica. Le pêcher appartient à la grande famille des Rosaceae qui comprend, entre autres, l’aubépine, le prunellier, l’églantier (donc le rosier) mais aussi le fraisier, la pimprenelle et la reine-des-prés.

En France, le pêcher est cultivé depuis le Moyen Âge ; des noyaux ont été même découverts dans des dépôts remontant à l’époque gallo-romaine. Pendant longtemps, la belle à la peau de velours est restée un fruit de luxe, réservé à l’aristocratie. Louis XIV l’adorait. Son jardinier en cultivait une quarantaine d’espèces à Versailles. Il y avait la « Grosse Mignonne », la « Belle de Chevreuse », la « Téton de Vénus ». C’est à cette époque que débute la culture en espalier, à Montreuil. Les vergers étaient alors divisés en petites parcelles entourées d’un mur recouvert de plâtre pour augmenter son inertie thermique. Un petit toit protégeait les fruits des pluies de printemps. Dans ces parcelles isolées, la température pouvait gagner une dizaine de degrés. Les pêchers étaient greffés sur des amandiers porte-greffe plus adaptés aux sols calcaires. Les jardiniers brossaient leurs pêches avec une brosse en poils de porc pour supprimer le duvet. Après avoir conquis la table du Roi-Soleil, les pêches de Montreuil gagnèrent les tables royales d’Angleterre et de Russie.  

Polmard, le boucher haute couture

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août 202016

Tout s’est joué lors d’une soirée de décembre 2008. Son bac économique en poche, il était parti pour « une année sabbatique » à New York dans le but d’« étudier l’anglais, avec l’idée d’intégrer une école de commerce ». Et puis tout s’est « écroulé » en quelques minutes alors qu’il était assis sur les marches d’une église de la 5e Avenue. « J’écoutais des chansons de Frank Sinatra, il neigeait. C’était sublime. Les passants déambulaient en grappes pour prendre le métro ou le taxi, sans profiter du formidable spectacle qui s’offrait à leurs yeux. L’idée de devenir comme eux m’a dégoûté. J’ai téléphoné à mon père et je lui ai dit : je rentre. » Voilà comment Alexandre Polmard, 19 ans à l’époque, a quitté la Big Apple – « puisque le ver était dans le fruit de la pomme ! » – pour reprendre la ferme familiale en pleine campagne à Saint-Mihiel, commune de 4 000 habitants dans la Meuse.


La boutique d’Alexandre Polmard, à Saint-Germain-des-Prés. Un magasin qui ressemble plus à une boutique de mode qu’à une traditionnelle boucherie-charcuterie. © Sébastien Leban pour Le Point

Sur les 120 hectares du camp des Romains situés entre Bar-le-Duc et Metz, le gaillard taillé comme un roc a voulu perpétuer la tradition amorcée en 1847. Car, chez les Polmard, on est boucher de père en fils depuis six générations et éleveur-engraisseur depuis quatre. Si Alexandre est revenu dans sa famille, c’est pour « redonner une identité au boeuf et qu’on puisse reconnaître le sien à l’aveugle, à l’image du vin ». Pari gagné pour celui qui s’est taillé une réputation bien au-delà des frontières de Saint-Mihiel avec ses morceaux de bravoure persillés aux subtiles notes de noisette. On les retrouve ainsi à la table des plus grands chefs : le paleron et le merlan sont réservés à Guy Savoy, 3 étoiles à Paris ; le filet à Arnaud Lallement, 3 étoiles à Tinqueux ; la côte et la surprise à Fabrice Vulin, 2 étoiles à Hongkong ; la côte et le contre-filet à Frédéric Sandrini, 1 étoile à Hagondange… « J’avais arrêté le boeuf sur ma carte, mais j’ai recommencé avec celui d’Alexandre. La traçabilité de la bête du début à la fin et sa régularité de métronome me permettent d’avoir une viande aux saveurs et à la mâche exceptionnelles toute l’année », explique Arnaud Lallement.


La boutique d’Alexandre Polmard, à Saint-Germain-des-Prés. Un magasin qui ressemble plus à une boutique de mode qu’à une traditionnelle boucherie-charcuterie. © Sébastien Leban pour Le Point

Alexandre Polmard, qui a vu le jour en 1989 à Woippy, en Moselle, a lancé en mars 2013 un site internet où on s’arrache sa côte de boeuf à 58 euros le kilo, pour laquelle il faut patienter entre six et douze mois. En plus de l’imposante boucherie de Saint-Mihiel où il fait aussi de la charcuterie, il en a ouvert une deuxième à Paris en septembre 2014, rue de la… Petite-Boucherie. Une boutique de 52 mètres carrés à l’allure d’atelier de haute couture nichée à Saint-Germain-des-Prés uniquement dévolue au boeuf. Les modèles carnés sont présentés sur leur trente et un dans des armoires réfrigérées. Un troisième magasin a suivi à Rome en août 2015 et il rêve d’en créer un à New York. Prochaine étape, une boucherie-charcuterie-table d’hôtes, à Nancy. Bientôt, par souci de transparence, les images de l’exploitation seront diffusées en direct dans ses boutiques.

S’il s’est lancé dans cette folle aventure, c’est pour prolonger « l’oeuvre et le savoir-faire » de son père, François, qui, aidé d’ingénieurs agronomes et de chercheurs, a lancé dans les années 70 d’innombrables recherches génomiques et génétiques sur le boeuf. Après avoir fait grandir de la charolaise et de la normande, le paternel a décidé, au début des années 2000, de se concentrer sur la blonde d’Aquitaine. Une voie que le fiston, ayant pris la relève en 2013, après quatre ans de travail en duo, poursuit.

Finesse

Pourquoi le choix de la blonde d’Aquitaine ? Issue de l’assemblage de trois rameaux – la blonde des Pyrénées, la blonde du Quercy et la garonnaise –, cette race pure, inscrite au registre généalogique d’élevage, présente un grain d’une extrême finesse. « Chez nos petits éleveurs dans le Sud-Ouest, nous inspectons tout : le cuir, le poil, la boule de gras… Rien n’est laissé au hasard. Résultat, nous ne sélectionnons qu’un veau sur 120, et uniquement des génisses, donc des femelles », raconte Alexandre, chaussé de ses bottes en caoutchouc.

Les bêtes arrivent sur l’exploitation de 220 têtes – elle devrait en compter 500 en 2021 – lorsqu’elles sont âgées de 6 à 8 mois en pesant 200 kilos. Après deux à quatre semaines de mise en quarantaine, elles profitent d’immenses pâturages avec vue imprenable sur la vallée lorraine. Elles y restent entre deux ans et demi et trois ans pour être engraissées avec une alimentation adaptée à leur âge et à leur masse corporelle. Luxe du luxe, elles disposent de parcs d’été et de parcs d’hiver, avec des abris de paille sèche pour s’allonger paisiblement et vivre d’amour et d’herbe fraîche ! Les six derniers mois, elles rejoignent des box pour être terminées au tourteau de colza pressé à froid, au triticale, une variété entre le blé et le seigle, à la luzerne, à la pulpe de betterave, au foin et à la pierre de sel. « L’équilibre alimentaire permet d’agir sur le pH et sur le gras intramusculaire, deux facteurs déterminants », détaille Alexandre Polmard.

Chambres d’hôte et restaurant

Les génisses, qui n’ont pas de prénom « parce que ce ne sont pas des animaux de compagnie et que, contrairement aux chiens ou aux chats, à la fin on les tue », débarquent en affichant 1,2 tonne à l’abattoir de Metz. « Mais une heure pour les charger, une heure de transport et une heure d’attente là-bas, c’est bien trop long. Ça déclenche parfois du stress chez les vaches et ça influe forcément sur la qualité de la viande. En trois heures, on sabote la moitié de trois ans de travail », peste cet ancien nageur de haut niveau en tirant une bouffée du premier des cinq cigares de sa journée. Afin que ses protégées soient beaucoup plus détendues et sereines, il prévoit de leur construire en 2018 un abattoir sur le camp des Romains, qu’elles pourront rejoindre en deux minutes.

Alexandre Polmard © Sébastien Leban pour Le Point DRAlexandre Polmard © Sébastien Leban pour Le Point DR
Favorite. Alexandre Polmard préfère les blondes… d’Aquitaine, qu’il élève dans sa propriété de Saint-Mihiel, dans la Meuse. © Sébastien Leban pour Le Point DR

Avant cela, il compte implanter ici sa maison avec sa compagne, cinq chambres d’hôtes, un restaurant de 200 mètres carrés et un laboratoire de 800 mètres carrés pour la découpe et le désossage, qui s’effectuent aujourd’hui à 3 kilomètres, à la boucherie de Saint-Mihiel. C’est là qu’il s’attaque pour le moment à l’étape de la maturation, qui sert à attendrir et à rehausser le goût du boeuf. « Sous vide, sous bâche anti-UV avec une maîtrise totale de l’oxygène et de l’humidité », détaille-t-il en résumant ce procédé complexe. À l’opposé de ses confrères, Alexandre Polmard ne pratique pas la maturation sur carcasse entière, mais isole chaque muscle pour les traiter morceau par morceau : six à huit semaines pour la côte ; quatre à huit semaines pour le steak ; quatre à six semaines pour le filet.

Vient enfin la spectaculaire phase d’« hibernation » : un passage de deux minutes dans une machine à – 120 °C avec une force de ventilation à 120 kilomètres/heure, pour figer le boeuf à son stade optimal d’affinage. « Contrairement à la congélation, ce processus ne modifie ni le goût, ni la tendreté, ni le jus », affirme-t-il. La méthode innovante permet surtout de conserver la viande indéfiniment au congélateur. Une côte de boeuf de 1998 achetée à 1 200 euros par Fabrice Vulin s’est envolée l’année dernière à 3 000 euros au Caprice, le restaurant du Four Seasons à Hongkong, ce qui, pour la presse anglo-saxonne, en a fait « le steak le plus cher au monde ». À ce tarif-là, mieux vaut que la cuisson soit parfaite… « Ça peut paraître déraisonnable, mais ça couvre à peine les frais de conservation en froid ventilé à – 22 degrés durant dix-sept ans », se justifie-t-il. Reste à savoir à combien s’arracheront les deux dernières pépites du même millésime, dont l’une sera mise en vente en 2017…

Quelques chiffres

58 euros

Le prix au kilo de la côte de boeuf sur le site Web d’Alexandre Polmard.

400 euros

La valeur de sa côte de boeuf lors d’une vente aux enchères caritative chez Artcurial en 2012.

3000 euros

Le prix de sa côte de boeuf de dix-sept ans d’âge servie au Four Seasons de Hongkong.

Innovation


L’hibernation permet de figer la viande au stade optimal de sa maturation. © DR

L’hibernation permet de figer la viande au stade optimal de sa maturation. Le processus consiste à passer chaque morceau de boeuf dans une machine à – 120°C pendant deux minutes avec une force de ventilation à 120km/h.

États-Unis : Harley-Davidson à l’amende pour ses motos polluantes

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août 192016

L’emblématique Harley-Davidson va devoir payer une amende de 12 millions de dollars pour avoir vendu des accessoires qui rendent ses motos non conformes avec les normes antipollution, a indiqué le ministère américain de la Justice jeudi. Celui-ci reproche à Harley d’avoir vendu quelque 340 000 « super-tuners », des kits qui permettent d’accroître les performances de ses motos, mais font qu’elles ne répondent plus aux normes de pollution imposées lors de leur homologation. Harley a également vendu directement 12 000 motos ainsi équipées entre 2006 et 2008.

Outre les 12 millions de dollars d’amende, Harley-Davidson devra, comme mesure de compensation, également consacrer 3 millions de dollars à une peine d’intérêt général selon le droit français. Il s’agit du remplacement… de vieux poêles à bois dans les collectivités locales aux États-Unis par des dispositifs moins polluants. Cette mesure entre dans le cadre d’un programme visant à réduire les émissions polluantes, quelle que soit leur source, a indiqué le ministère (DoJ). Pis encore, le constructeur va devoir racheter les « super-tuners » encore en vente et les détruire.

Harley-Davidson a toutefois souligné dans un communiqué distinct que l’amende ne constituait pas une reconnaissance de culpabilité et précisé que son dispositif était destiné à être utilisé sur circuit. Le genre d’argument qui dédouanerait le constructeur de toute responsabilité, mais sur lequel se fondent en France aussi tous les bricolages et modifications réalisés sur les deux roues pour en faire des engins tonitruants.

Pollution sonore


les Harley reflètent un art de vivre à part ce qui n’exclut pas de respecter les autres © Jordan Pay HARLEY DAVIDSON

Une pollution sonore considérable qui, pour le plaisir d’un seul individu, gâche la vie et l’environnement de milliers d’habitants exposés à ces nuisances. Contrairement aux voitures, les motos aux États-Unis ne sont pas soumises à un contrôle régulier et obligatoire de leurs émissions polluantes une fois en circulation. Les propriétaires de motos équipées de ce dispositif ne seront donc pas contraints de les remettre aux normes, comme c’est le cas pour le constructeur automobile Volkswagen, qui a installé sur certaines de ses voitures diesel des « logiciels truqueurs » destinés à tricher sur les contrôles antipollution.

En France, un projet de loi visant à réprimer plus sévèrement les modifications réalisées sur les deux-roues est en cours, de même que l’instauration d’un contrôle technique qui aiderait à identifier les machines non conformes. Fondé en 1903 et réputé dans le monde entier pour ses motos bicylindres, Harley-Davidson, basé à Milwaukee (Wisconsin, Nord), a vendu en 2015 près de 265 000 motos dans le monde, dont 168 000 aux Etats-Unis.

Uber veut devenir le champion de la voiture autonome

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août 182016

Se draper dans la dignité de celui qui veut notre bien malgré nous. Comme un certain mode de gouvernement s’occupe de notre bien sans nous demander notre avis, Uber étend ses tentacules sur le transport à la demande en promouvant à l’échelle planétaire la voiture totalement autonome. C’est-à-dire sans ce chauffeur en costume impeccable qui vous ouvre la porte, vous offre une bouteille d’eau minérale et un quotidien tout en s’occupant de vous amener à bon port, au meilleur prix, en contournant les embouteillages.

Au lieu de cela, ce sera peut être bientôt une voiture automatisée, sans chauffeur qui viendra vous prendre à la maison pour vous déposer à l’aéroport. Uber veut notre bonheur et nous délester de notre argent tout en nous soulageant de la contrainte de la conduite en ville. Le dossier de la voiture autonome lui en offre l’opportunité et les constructeurs automobiles, avides de développer ces nouveaux modes de transport et d’écouler toujours plus de voitures, embrayent sans l’ombre d’un soupcçon. Une façon pour le service américain de réservation de véhicules par téléphone mobile Uber de se faire accepter dans la période transitoire alors que partout s’élèvent des protestations contre un système hégémonique qui va achever de laminer la petite entreprise du taxi.

Volvo et Ford dans la course

Ford autonomes © FordFord autonomes © Ford
Voitures autonomes Ford à Mcity et dans la circulation normale © Ford

S’il passe la vitesse supérieure dans ses projets de développement de voiture autonome, c’est aussi parce qu’il a trouvé les partenaire adéquats qui cautionnent la démarche stratégique et vont co-investir avec lui au travers de toute une série d’accords annoncés jeudi. Dans un premier temps, il a trouvé un terrain d’entente avec le sino-suédois Volvo, contrôlé par le groupe chinois Geely, prévoyant un investissement commun de 300 millions de dollars et l’utilisation d’un même véhicule pour leurs tests.

Uber et Volvo se connaissent déjà bien pour faire partie d’un même lobby aux États-Unis dont le but est d’accélérer le développement des véhicules autonomes, qui pose des problèmes non seulement techniques mais aussi juridiques et légaux. Volvo teste ainsi depuis 2014 un véhicule autonome dans les rues de la ville suédoise où il a son siège historique, Göteborg, et Uber fait de même aux États-Unis à Pittsburgh (Pennsylvanie, Nord-Est) même s’il s’agit cette fois d’un modèle de la marque Ford. C’est dans cette ville qu’Uber a installé son centre de recherche sur les véhicules autonomes en 2015.

Ce partenariat va très vite avoir des implications pratiques car Uber va déployer dès la fin de ce mois un projet pilote à Pittsburgh utilisant des voitures autonomes. Il y aura dans le véhicule un co-pilote mais il ne conduira pas, se contentant de surveiller les opérations. Uber n’a pas précisé combien de voitures seront déployées mais le Wall Street Journal évoque une centaine de Volvo XC90, le « Sport Utility Vehicle (SUV) » du constructeur suédois. Selon Uber, il n’y aura pas que des Volvo mais aussi des Ford, ce qui est corroboré par le constructeur américain. La nouvelle est d’autant plus piquante que Volvo appartenait jusqu’en 2010… à Ford.

Au nom de notre sécurité


VOITURE AUTONOME © DR

Là où Uber ne manque pas d’air, c’est en siphonnant l’image sécuritaire de Volvo pour assurer qu’il veut notre bonheur demain et nous éviter, à nous, mauvais conducteurs, l’accident. La machine et l’ordinateur faisant, c’est connu, beaucoup mieux que nous – ce qui n’est pas faux pour nombre de conducteurs -, Uber ne cache pas qu’il veut notre bonheur et notre survie en s’occupant de ce que nous faisons si mal : conduire.

La décision de s’associer à Volvo dans la voiture autonome tient compte de l’acquis de ce constructeur dans le secteur mais aussi de son image liée à la sécurité, a d’ailleurs reconnu Uber jeudi.

« Plus d’un million de personnes meurent dans des accidents de voiture chaque année. Ce sont des tragédies que les technologies de conduite autonome peuvent aider à éviter, mais nous ne pouvons pas le faire seuls. C’est pourquoi notre partenariat avec un grand constructeur comme Volvo est si important. Volvo est un leader en terme de développement et le premier de la classe quand il s’agit de la sécurité », a déclaré le patron d’Uber, Travis Kalanick.

Mais Uber ne s’est pas arrêté là. Il a également annoncé jeudi le rachat de la start-up californienne Otto qui développe des logiciels pour les véhicules autonomes. L’un des cofondateurs d’Otto, Anthony Levandowski, sera désormais chargé de diriger les efforts d’Uber dans le développement des véhicules sans conducteurs, a précisé Travis Kalanick dans un blog. Le montant de l’acquisition n’a pas été indiqué, tant Uber qu’Otto n’étant pas cotés en Bourse, mais la presse américaine évoque près de 700 millions de dollars.

Des ex-Google Car aux commandes

Otto, qui emploie environ 90 personnes, s’était fait connaître en mai en annonçant qu’il travaillait sur un logiciel de conduite autonome destiné aux camions. Ses fondateurs, Anthony Levandowski et Lior Ron, ont travaillé respectivement dans le passé sur les projets de voiture sans chauffeur Google Car et de cartographie Google Maps. M. Levandowski a également conçu dans le passé une moto autonome.

« Si cela a l’air d’un gros coup, c’est que c’en est un », a affirmé Travis Kalanick. « Ensemble, nous avons l’une des meilleures équipes d’ingénieurs dans le secteur des véhicules autonomes au monde. »

Les voitures autonomes sont l’un des secteurs les plus en pointe dans la recherche automobile, les constructeurs rivalisant d’annonces pour présenter des voitures capables de se conduire et de se diriger toutes seules. L’américain Ford ou l’allemand BMW se sont récemment fixé l’objectif d’une production en série en 2021.

Outre les constructeurs traditionnels, des géants de l’internet comme Alphabet (Google) et Apple sont également sur les rangs. Beaucoup de ces acteurs ont dit envisager l’utilisation des véhicules autonomes dans le cadre de services à la demande (taxi, covoiturage ou voitures partagées). Selon leurs promoteurs, de tels véhicules permettront non seulement de réduire la mortalité routière mais également de fluidifier le trafic et de diminuer la pollution automobile. S’ils le disent, c’est que la démarche est probablement plus rentable pour eux que, pour les pouvoirs publics, d’apprendre aux gens à vraiment conduire.

Consultez notre dossier : La voiture autonome

Campari, un secret bien gardé

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août 172016

Une faille spatio-temporelle vient d’être signalée à Milan. Pour les réfractaires à la science-fiction, on désigne ainsi un trou béant dans le présent qui, si l’on y tombe, renvoie à un passé plus ou moins lointain et, en l’occurrence, plus ou moins liquide. Marcher sous les arcades de la piazza del Duomo, pousser la vieille porte en bois du Caffè Camparino et saluer dans un italien – même imparfait – les serveurs impeccables en veste blanche catapulte le visiteur au début du siècle dernier.

C’est entre ces murs que, après un concert à la Scala toute proche, chanteurs d’opéra, écrivains, hommes politiques et bourgeois milanais venaient étancher leur soif en bonne compagnie. Puccini, Verdi, Toscanini ou le peintre Boccioni passèrent des heures indolentes sous la lumière vive des lampes Art nouveau, admirant dans les vapeurs d’alcool et de cigarette la curieuse mosaïque au perroquet. Depuis 1915 et sans discontinuer, cette maison est célèbre pour servir à l’exacte température le Campari soda, un apéritif carmin, mélangé à de l’eau de Seltz glacée.

Droit comme un i dans son costume ajusté, Orlando Chiari (82 ans) et sa femme, Teresa (même âge) – la fille de Guglielmino Miani, tailleur originaire des Pouilles qui a repris le bar mythique dans les années 60 –, sont les gardiens de ce temple dédié au dieu Campari. « C’est ici que l’histoire de ce grand groupe italien de spiritueux a débuté, assure le vieil homme à l’allure de Don Fabrizio dans Le Guépard de Visconti. Il fait partie du patrimoine de Milan, la ville qui a inventé le concept même d’apéritif. » En ce jour d’été suffocant, Milanais et voyageurs s’égaient avec leurs verres de toutes les couleurs. Le rouge sang du Campari, liqueur de plantes à base d’herbes amères et de fruits baignés dans l’alcool ; l’ambré des cocktails americano ou negroni ; l’orange du Spritz, un autre bitter (amer) fabriqué à base de gentiane, de rhubarbe et de racines.

Apprenti herboriste


Élixir. Gaspare Campari entouré de sa famille. Ce fils de paysans pauvres  du Piémont, apprenti herboriste, a concocté en 1860 la recette du fameux breuvage amer. © DR

Gaspare Campari est un fils de paysans pauvres du village de Novara (Piémont). Il travaille dès ses 15 ans dans un café à Milan, puis ouvre une petite boutique de spiritueux. Apprenti herboriste, il met au point en 1860 – un an avant la création de la République italienne – une boisson amère au degré d’alcool modéré. Aujourd’hui, la recette du Campari demeure aussi secrète que celle du Coca-Cola. Pour écouler sa production plus facilement, Gaspare inaugure rapidement un bar à son nom, en face de son commerce, dans la Galleria Vittorio Emanuele II. Le 14 novembre 1867, dans l’appartement situé au-dessus de l’échoppe, naît Davide – le quatrième fils. C’est lui qui transformera le patronyme familial en groupe de spiritueux. Il invente l’apéritif en bouteilles individuelles et construit la première usine, à Milan, en 1892. Il parvient même à exporter le Campari en Europe. La légende veut qu’il ait converti la France à la faveur d’une tournée avec sa maîtresse, soprano de la Scala.

De modeste producteur italien d’un unique breuvage le Gruppo Campari est devenu la sixième entreprise mondiale de spiritueux. Les Campari ne sont plus partie prenante de l’aventure – la dynastie s’est éteinte en 1984. C’est une autre famille, les Garavoglia, héritiers d’un ex-directeur général, désormais actionnaire majoritaire. Cotée à la Bourse de Milan depuis 2001, cette société lombarde est devenue une multinationale, forte d’un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros. Elle a connu une croissance fulgurante depuis vingt ans, passant de 5 à 19 filiales à l’étranger et multipliant les acquisitions : Cinzano (Vermouth), Skyy (vodka), Spritz Aperol, Wild Turkey (bourbon), Appleton Estate (rhum). Le 1er juillet, Campari bouclait également le rachat de Grand Marnier (triple sec) pour 680 millions d’euros. « Notre spécialité consiste à faire renaître des marques iconiques, qui n’ont pas eu l’attention et l’amour qu’elles méritaient et sont devenues un peu poussiéreuses. »


Gardien. Orlando Chiari possède le Caffè Camparino, bar mythique dédié au Campari. © Nicolas TARANTINO ZUMA-REA

Celui qui s’exprime ainsi, dans un français plus que parfait, reçoit dans une salle de réunion du QG ultradesign de Campari, à Sesto San Giovanni, banlieue de Milan. C’est ici que la première usine fut édifiée, jouxtant la maison de maître de Davide Campari. Ce qui lui permettait au passage de s’installer sur une chaise devant chez lui pour observer, le soir, ses ouvriers quitter les lieux. Un employé à la démarche titubante était illico soupçonné d’avoir « goûté » la production. Robert Kunze-Concewitz, 49 ans, est directeur général de Campari depuis bientôt dix ans et, comble de l’étrangeté, n’est pas… italien. Il est né à Istanbul, y a fait sa scolarité au lycée français Pierre-Loti, a la nationalité autrichienne, a étudié à New York, travaillé à Paris, à Rome et à Londres pour Procter & Gamble, et vit dans la péninsule.

Coup de génie

« J’ai une vie extrêmement pénible… Je passe mon temps à boire des verres sous toutes les latitudes, s’amuse celui qui se fait appeler Bob. C’est intéressant, car on assiste à un renouveau des cocktails, notamment des grands classiques qu’on pensait démodés. » Le coup de génie de « Bob » Kunze-Concewitz se nomme Spritz Aperol. La folie autour de ce liquide orange – qui a envahi les bars de New York, Londres, Paris ou Shanghai – est le fruit d’une stratégie marketing réglée à la bulle près. Voici l’histoire : le Spritz se consomme depuis les années 20, mais exclusivement en Vénétie. Rien dans le reste de la Botte…


Identité. Affiche publicitaire, signée Leonetto Cappiello, en 1921. © DR

En 2003, le groupe Campari met la main sur Aperol. « C’est alors une marque régionale. Plus des trois quarts de son chiffre d’affaires sont réalisés dans trois villes : Venise, Padoue et Trévise. En moyenne, leurs habitants buvaient cinq Spritz par jour ! » Le boss autrichien veut « lancer son liquide » dans toute l’Italie, puis dans le monde entier. Opération ravalement de style. Le Spritz sera désormais servi dans un immense verre ballon (à la place du verre à whisky). « Il fallait mettre en valeur cette couleur orange qui est fantastique », explique Kunze-Concewitz. Seconde étape : fixer un prix (entre 8 et 10 euros) qui positionne le Spritz entre « une bière premium et un cocktail du type margarita. » Troisième étape : identifier quelques bars dans les quartiers les plus branchés des villes cibles. Par exemple, Shoreditch, dans l’est de Londres, ou Le Pavillon du lac, dans le parc des Buttes-Chaumont (Paris 19e).

En moyenne, les habitants de Venise, Padoue et Trévise buvaient cinq Spritz par jour ! Le DG de Campari

Les envoyés spéciaux de Campari dispensent alors de courtes formations aux barmen du cru, leur enseignant l’art de réaliser le Spritz (de la glace, trois doses de prosecco, deux doses d’Aperol et un trait d’eau gazeuse). Le pari : que l’engouement pour le cocktail se propage subtilement mais sûrement, depuis les élites branchées jusqu’au commun des mortels. En dernier lieu, Campari dégaine sa publicité pour Aperol et investit les grandes surfaces. Le Spritz est ainsi entré « dans les foyers »… « Il s’agit d’une stratégie de longue haleine. L’intégralité du processus dure sept ans. » Mais Kunze-Concewitz n’a pas fini de presser sa pépite orange. Son prochain objectif consiste à désaisonnaliser sa consommation. « Pourquoi ne boire du Spritz qu’en été ? Cela n’a pas de sens… » assure-t-il. Et la France ? « Le Spritz a été lancé il y a quatre ans. Mais quand je me suis promené à Paris en juin, j’espérais voir encore plus d’orange sur les terrasses… En même temps, cela prouve qu’il y a encore une belle croissance à venir. On double déjà nos chiffres tous les ans en France ! »


Pépite orange. Le Spritz, véritable succès commercial. © Nicolas TARANTINO ZUMA-REA