Pascal Praud – Chroniques de Noirmoutier (6)

Culture Commentaires fermés sur Pascal Praud – Chroniques de Noirmoutier (6)
juil 312016

Dimanche 31 juillet

Claude Sautet a tourné César et Rosalie en 1972 à Noirmoutier, précisément sur la plage du Vieil. C’est fou comme tout le monde aime ce film. « Tout le monde aime Rosalie », dit aussi Dâââââvid (Sami Frey) quand il rencontre César (Yves Montand) pour la première fois.

La maison existe toujours. Les volets bleus, la pierre blanche, la dune, le sable. Tout est là. Je suis allé en pèlerinage aujourd’hui avec ma Rosalie à moi. Quand nous arrivons, y a des gens qui déjeunent dehors. Ils sont au café. Les propriétaires connaissent la musique. Tous les jours, c’est le défilé : « Bonjour, bonjour, c’est ici ? » « C’est ici ! »

Et comme les proprios sont sympas, que c’est l’été et que Rosalie a toujours le sourire, ils disent : « Vous voulez visiter ? »

La salle à manger est la même qu’en 1972. Montand joue au poker. Sami Frey se marre, il triche, il l’avoue. Montand est en colère. Rien n’a changé. Les chaises, la cuisine, les robinets, tout est d’époque.

La dame qui nous reçoit est la petite-fille de madame Goxe, qui avait loué la maison à la production. Une feuille 21 x 29,7 est encadrée et accrochée au mur. Toute l’équipe a mis quelques mots à la fin du tournage : il y a les écritures de Montand, disparu, Sautet, disparu, Romy, disparue. « Ça n’arrive pas souvent, les souvenirs et le travail », a noté Claude Sautet. Je regarde, je lis et je prends des photos avec mon iPhone.

Je connais César et Rosalie par cœur. Nous sommes nombreux dans ce cas. Quand Montand arrive de Paris avec Sami Frey, il lui montre la mer et il ajoute : « Et encore, elle est basse. » Ça doit être ça, le génie. Peindre un personnage, résumer un caractère avec une seule réplique : « Et encore, elle est basse. » Tout César en cinq mots.

Je pourrais citer aussi la lettre de Rosalie, « César sera toujours César, etc. », ou imiter Montand dans la scène du restaurant : « Je ne fais pas de petits dessins dans les coins, moi, je gagne de l’argent. »

Il y a des fantômes dans la maison de madame Goxe. « Ma grand-mère aimait beaucoup Romy Schneider, qui lui disait tous les jours que Rosalie, c’était le rôle de sa vie. Sami Frey était plus réservé. Et Montand, il était pareil que dans le film. »


Les souvenirs de tournage de César et Rosalie, en 1972, sur l’île de Noirmoutier. © DR

Nous sommes restés une heure avec mon amoureuse, nous avons posé devant la maison, puis nous sommes repartis à vélo. J’ai regardé Miss C., j’ai pris l’accent de Montand et je lui ai dit : « J’ai été très loin pour elle, très loin. J’ai même tué un type. »

Montréal, la bouillonnante

Culture Commentaires fermés sur Montréal, la bouillonnante
juil 292016

Vous aimez New York ? Mais vous ne parlez pas bien anglais ? Osez Montréal ! Il y a dans son âme et son architecture un je-ne-sais-quoi de la Grosse Pomme. Comme sa grande sœur américaine, elle est une ville aux mille visages. Une diversité qui s’exprime partout : de ses plus petites ruelles à ses spécialités culinaires en passant par ses galeries d’art… Mais Montréal, malgré ses buildings et maisons victoriennes, conserve un air de « village gaulois », comme en plaisantent ses habitants à l’accent inimitable. Découverte en 1535 par Jacques Cartier, le célèbre navigateur malouin, la plus grande ville du Québec connaît un boom immobilier au XIXe siècle sous l’impulsion des mêmes architectes et urbanistes que sa rivale américaine.

Canada, Montreal, plateau mont royal, maisons victoriennes © DRCanada, Montreal, plateau mont royal, maisons victoriennes © DR
Les maisons victoriennes du plateau Mont-Royal en bordure du carré Saint-Louis.  © DR

Des ruelles vertes, du street art et des vélos

Pour sentir la vie québécoise, on enfourche un BIXI, le Vélib’ local. Aux beaux jours, c’est un million de cyclistes – presque 60 % de la population de la ville – qui dévale les 700 kilomètres de pistes cyclables. Si vous n’êtes pas un adepte, une autre option tout aussi écologique s’offre à vous : les scooters électriques (avec guide, s’il vous plaît).

Pour saisir Montréal, il faut commencer par explorer le boulevard Saint-Laurent, la Broadway Avenue montréalaise. Cette artère, qui séparait à l’origine les francophones des anglophones, reflète aujourd’hui les vagues d’immigrations successives. Chaque été, elle se mue en musée à ciel ouvert et permet de découvrir les œuvres de la crème des street artistes invités au Festival d’art mural, un événement d’envergure international.

N’hésitez surtout pas quitter ce boulevard parfois trop bruyant, pour explorer les « ruelles vertes ». Situées entre les blocs d’immeubles, ces artères permettaient autrefois aux charbonniers de livrer leur marchandise. Depuis une dizaine d’années, les copropriétés les réinvestissent. Mêlant parterres de fleurs champêtres, haut-vents de glycines et sculptures de jasmins, ces petits poumons de verdure s’épanouissent entre les briques souvent grisâtres des immeubles. De là, on rejoint le carré Saint-Louis. Le quartier connu pour ses belles villas victoriennes est aussi le lieu de villégiature de la bourgeoisie francophone. Comme Greenwich Village, avant de s’embourgeoiser, il a aussi été l’épicentre de la contre-culture dans les années 70. C’est aujourd’hui le point de ralliement des 180 000 étudiants qui donnent son nouveau souffle à la cité canadienne.

Montréal, Canada © DRMontréal, Canada © DR
Vue de la ville depuis la colline du Mont-Royal. Haute de 234 mètres, aucun building ne peut la dépasser.  © DR

Bagel, poutine et « marie-jeanne »

Plus loin, Mile-End et son atmosphère bohème rappellent pour sa part l’âme de Brooklyn. Tout juste couronné du titre ronflant de « quartier le plus branché du monde », il concentre sur quelques kilomètres carrés : cafés à la mode, friperies vintage, cantines bio, micro-brasseries, galeries d’art ou encore labels de musique pointue.  UbiSoft, fleuron français du jeu vidéo, y a implanté ses gigantesques bureaux. Attirés comme des mouches par tant d’atouts, gays, poètes, geeks, cinéastes et musiciens, à l’instar de Leonard Cohen ou Xavier Dolan, y ont élu domicile.

Le week-end venu, cette faune écolo branchée pédale jusqu’au parc du Mont-Royal, façonné comme Central Park par le paysagiste Frederick Law Olsmsted. Là, après avoir fait des emplettes dans les boutiques environnantes, ces nouveaux hippies filent tout droit aux « Tam-tams ». Jusqu’au coucher du soleil, ce détonnant melting-pot y danse au rythme des percussions, et fume de la « marie-jeanne » puisque le législateur le permet. Les fans de Game of Thrones apprécieront une tout autre spécificité locale : le larping. Un drôle de jeu consistant à se battre en duel. Le tout en tenue moyenâgeuse.

Canada, Montreal, Bagel © DRCanada, Montreal, Bagel © DR
Chaque année, Saint-Viateur Bagel et Fairmount Bagel se disputent le titre de « meilleur sandwich roulé du monde ». © DR

Mais parler de Montréal sans évoquer sa cuisine serait un sacrilège. Il n’y a pas que la poutine, encore que… Cette spécialité à base de frites, fromage filant et greavy (une sauce épaisse à la viande) se décline aujourd’hui dans des versions aux accents plus gastronomiques. À l’image de celle au foie gras et graines germées proposée par le chef Jérôme Ferrer, un frenchie qui dirige les fourneaux du meilleur restaurant de la ville. Tout aussi régressif, les amateurs de poulet n’hésiteront pas à pousser la porte de Romados, l’une des nombreuses rôtisseries portugaises du plateau.

Même sur la nourriture la rivalité entre Montréal et New York perdure. L’objet de la guerre ? Le bagel. Du nom de ce petit pain rond que l’on ne présente plus. Les Québécois défendent mordicus que leur recette est incomparable. Une histoire de cuisson, paraît-il.

——

Y aller. Air Transat propose 7 vols directs Paris-Montréal par semaine. Aller-retour à partir de 439 € en classe éco, 1 019 € en classe club.

Se loger. Entre 20 et 30 ans, Hôtel Renaissance. Entre 30 et 40 ans, Hôtel William Grey. 40 ans et plus, Hôtel Gault.

Se restaurer. Moleskine : bistrot de qualité dans un décor raffiné. Graziella : cantine italienne de qualité. Boris Bistro : cuisine française servie dans un agréable patio. Europea Mobile : Food truck du célèbre chef Jérôme Ferrer. La Poutine au foie gras est à se damner. Cuartet : brunch incontournable.  Olive et Gourmando : sandwiches et pâtisseries de haut vol à consommer sur place ou à emporter. Cremy : réputé pour servir les meilleurs beignets de la ville.

Visiter. Dyad, tours guidés et location de scooters électriques. Toursdelatable, découverte des restaurants et producteurs écoresponsables à vélo et autres circuits culinaires. Office du tourisme.

Pascal Praud – Chroniques de Noirmoutier (4)

Culture Commentaires fermés sur Pascal Praud – Chroniques de Noirmoutier (4)
juil 282016

Mercredi 27 juillet

« Je suis passé par l’occupation et j’ai connu l’OAS mais là, franchement… » Un papy aux cheveux blancs pénètre dans l’église de Noirmoutier, pleine comme elle l’est chaque dimanche. Sauf que nous sommes mercredi. La messe est dite chaque soir à 19 heures, mais l’affluence est inhabituelle.

Un prêtre de 84 ans est mort, assassiné. Dira-t-on suffisamment combien cette exécution barbare soulève le cœur. Un prêtre. Dans son église. À genou devant l’autel. Un vieil homme. Un serviteur de l’Église romaine. Un témoin de notre culture, de notre passé, de notre histoire. « Égorgé, vous vous rendez compte. » Grégoire Cieutat, le curé de la paroisse accueille les fidèles : « Ils sont déboussolés. »

Toux ceux que je rencontre après l’office sont horrifiés. Ils ont de 7 à 77 ans. Ils sont les représentants d’une France d’hier, blanche à 95 %, catholique par naissance, par tradition ensuite, par conviction sans doute. Ils perpétuent les gestes de leurs parents, du baptême à l’extrême onction. Je ne sais pas si tous croient en Jésus-Christ, mais tous défendent l’idée de la famille, fut-elle recomposée. Tous prolongent un certain art de vivre, j’allais écrire à la française et j’imagine immédiatement combien cette expression est devenue polémique en 2016.

Cette France qui vote à droite, déteste les extrêmes, pense à ses enfants

Ces hommes, ces femmes disent bonjour et au revoir quand ils entrent dans une boulangerie. S’ils conduisent leur automobile, ils ne brûlent jamais la politesse aux piétons sur les passages protégés. Ils ne roulent pas sur l’or mais la vie va bien. Une maison secondaire ou une belle location à la belle saison. Ce sont des Français privilégiés évidemment, « moins que l’étaient nos parents », regrettent-ils.

Je connais cette France par cœur. Je viens de là. Entre petite et grande bourgeoisie. Elle vote à droite, déteste les extrêmes, pense à ses enfants. Elle assure que tout est lié : la baisse de l’orthographe à l’école, l’arrêt du latin au lycée ou le mariage pour tous. « On paiera les factures en même temps » est une phrase que j’ai entendue sur le parvis de l’église. Je ne prétends pas que ces analyses soient justes. Je constate que cette France-là, et admettons qu’elle existe, cette France-là pense comme ça. Entre « Tout fout le camp » et « C’était mieux avant ».

Aujourd’hui, elle est horrifiée, je le répète.

Horrifiée par la barbarie, la violence, la bêtise. Horrifiée quand elle entend certains trouver des excuses à ces fous qui agissent au nom de Dieu. Un homme cite une prophétie qu’il attribue à Jean-Marie Le Pen, député de Paris en 1956 (mais qu’après vérification, il ne l’a jamais prononcée) : « Vous ne voulez pas l’Algérie française, vous aurez la France algérienne. » Puis il m’apostrophe : « Mais pas d’amalgame, n’est-ce pas, c’est bien comme ça qu’on dit dans les médias ? »

Cette chronique n’est pas un reportage. Mon témoignage n’est pas une enquête. J’ai parlé avec quelques-uns. J’ai entendu : « L’islam est un danger. » Personne ne m’a dit : « Pour la République. » C’est le langage des technos. L’islam est un danger « pour la France », répètent-ils. Ou plus simplement encore : « Pour nous. »

« Ce n’est que le début »

Noirmoutier n’est pas la France, bien sûr. Noirmoutier vit sans cité difficile ni imam radical. J’ai malgré tout le sentiment que ces gens représentent une majorité silencieuse, celle que les médias ignorent ou caricaturent quand ils évoquent leur Carré Hermès et les Lodens verts. Et encore ! Que ces bourgeois s’estiment heureux si aucun éditorialiste ne les traite de pétainistes.

Certains railleront ces gens, ces paroles, ces descriptions qu’ils rangeront dans un tiroir de clichés. Je les invite à venir ici sur cette île paisible, où le temps, s’il ne s’est pas arrêté, ramène sur la plage les mêmes estivants en 2016 qu’en 1960. Tous ceux que je croise avouent leur inquiétude, admettent leur abattement. Leur colère aussi. Sans haine ni vindicte.

Tous affirment qu’ils ne sont plus étonnés, que les hommes politiques se réveillent bien tard, qu’ils racontent aujourd’hui ce qu’il fallait dénoncer hier. De droite, de gauche. Personne n’est épargné. « Ce n’est que le début… » disent-ils.

Et croyez-moi ou non, personne n’imagine que Marine Le Pen soit la solution…

Lire aussi la chronique #1, #2, #3

Pascal Praud – Chroniques de Noirmoutier (3)

Culture Commentaires fermés sur Pascal Praud – Chroniques de Noirmoutier (3)
juil 262016

Retrouvez ici le premier épisode des Chroniques de Noirmoutier et ici le deuxième épisode.

Dimanche 24 juillet

Lillian est reparti. Pour Dunkerque et pour longtemps. Lou a les yeux rouges. Elle dit qu’elle a nagé trop longtemps dans l’océan. Mon bébé est en béton armé. Lou vit son été de porcelaine. Il n’y a rien à ajouter. Juste à écouter la bande-son de L’Hôtel de la plage. À propos, je me demande ce que devient Sophie Barjac.

Au dîner, Lou n’a pas touché ses pommes de terre Findus qu’elle préfère à celles de Noirmoutier. Et cette nuit pour la première fois depuis le 14 juillet, elle ne sortira pas. « Je suis un peu crevée. » Je préfère quand elle me raconte des craques, qu’elle m’envoie un SMS à 3 h 7 pour signaler qu’elle est rentrée alors qu’elle est encore sur la plage des Dames.

Quand j’étais ado, il y avait toujours un vieux schnock ou une veille chouette pour expliquer qu’ « une de perdue, dix de retrouvées. » À l’époque, je prenais mon walkman et j’écoutais Le Cœur grenadine de Voulzy. Lou a disparu vers 21 h 30 en me demandant si j’étais déjà allé à Dunkerque. « Pourquoi veux-tu que j’aille à Dunkerque. Y a pas d’équipe de foot en Ligue 1. » Je lui ai arraché son seul sourire de la soirée.

Ainsi filent les vacances. Douzième jour sans rien faire. Paris est loin. Je ne sais si on est samedi ou dimanche, le 23 ou le 24 juillet. J’ai oublié le mot de passe de mon ordinateur à i>Télé. Ma voiture est en panne, mais je m’en fiche. Pour la première fois en 2016, je n’ai pas pris de douche ce matin. Mon portable ne sort plus de la table de nuit. Je ne me réveille plus à 6 h 30. Je crois que j’ai trouvé mon rythme.

Lundi 25 juillet

Dîner chez Dominique Grimault. Si vous ne connaissez pas l’ami Dominique, pensez à Gérard Darmon, dont il pousse la ressemblance jusqu’à imiter la voix.

Quand je dis dîner, je devrais dire pique-nique. Les invitations sont lancées au dernier moment. On apporte ce qu’on veut. La merguez est une valeur sûre. Mes amis ne sont pas clients chez Naturalia. Il n’y a pas d’emmerdeurs ou d’emmerderesses pour nous bassiner avec le gluten. Certains soirs, c’est viande rouge ou viande rouge. Et que le petit Caron ne se pointe pas à Noirmout’, ou on lui fera manger une côte de bœuf.

Boire un verre de vin équivaut à tirer un billet de loterie, vu que les bouteilles sont dispatchées au petit bonheur la chance sur la table, qu’il y a de tout, de la bibine en cubi et du cru bourgeois, de l’ AOC et même du Saumur Champigny, un truc de la Loire qui arrache et avec lequel j’ai du mal. Ça picole gentiment, mais comme on rentre en vélo ou à pied, personne ne finira au poste.

Les femmes fument des légères. Les hommes tapent dans leurs paquets. Le Collège de France ne valide pas les discussions. On ne parle jamais football. Après minuit, les conversations dérivent, comme les Optimist, ces petits bateaux, genre coque de noix sur lesquels on apprend la voile, entre 6 et 8 ans. On parle de cul, quoi.

Je regarde les couples qui vont bien, ceux chez qui je sens de l’eau dans le gaz. Untel et Unetelle ne passeront pas l’hiver. Je m’étais fait la réflexion l’an passé. Et cette année, ils sont encore là. Va savoir ce qui se passe quand la porte de la chambre se referme. C’est un mystère, les couples. C’est un miracle aussi. Pardon mais j’ai une théorie là-dessus. Chacun devrait réfléchir au moment de s’engager. Si vous n’aimez pas la bouche, le nez, le sexe, la peau, l’odeur de votre chérie (avec ou sans e), si vous n’aimez pas ses dents, ses cheveux, ses oreilles et tout, et tout, s’il y a quelque chose qui cloche, un conseil : n’achetez pas la robe de mariée, oubliez le chapeau haut-de-forme et annulez le traiteur. S’il y a un doute, abstenez-vous. Déjà, c’est compliqué. Pas la peine de partir avec des handicaps…

Ferrari GTC4 Lusso : la familiale de Maranello

Culture Commentaires fermés sur Ferrari GTC4 Lusso : la familiale de Maranello
juil 252016

VERDICT CHRONO

La GTC4 Lusso est, comme la FF avant elle, la seule Ferrari proposant 4 vraies places. Animée par un V12 atmosphérique aussi puissant que musical, c’est la voiture parfaite pour partager en famille sa passion de la belle mécanique, et ce en toute sécurité grâce à ses 4 roues motrices et désormais directrices.

LE PROJET


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Alors que Porsche, Maserati, et même bientôt Lamborghini ont tous cédé à la tentation très profitable de produire leur propre SUV, Ferrari résiste en expliquant que la GTC4 Lusso remplit peu ou prou la même fonction. Après tout, SUV étant l’acronyme de Sport Utility Vehicle, il est indéniable que la GTC4 est une voiture de sport, et qu’elle est tout à fait pratique, puisque capable de transporter 4 personnes confortablement sur presque tous les terrains grâce à ses 4 roues motrices et directrices et à sa suspension rehaussable hydrauliquement. Un caractère pratique et utilisable au quotidien qui séduit une clientèle plus jeune et familiale et roulant davantage que celle des autres modèles plus radicaux de la gamme Ferrari.

CE QUI CHANGE


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

La GTC4 Lusso est une évolution profonde de la FF aussi bien sur les plans esthétique que mécanique. Allongée d’un centimètre et élargie de deux, la carrosserie est entièrement nouvelle à l’exception du pare-brise. Cela dit, le changement le plus marquant en matière de style tient dans le retour aux feux arrière doubles comme sur les Ferrari des années 80, mais l’aérodynamique a aussi été optimisée avec une réduction de 6 % de la traînée grâce notamment à l’intégration d’un spoiler au sommet du hayon et à un diffuseur arrière plus efficace.


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Si la structure et l’empattement sont conservés, la mécanique évolue. Le V12 6,3 litres à injection directe gagne 30 ch à 690 ch (toujours au même régime de… 8 250 tr/min), et 14 Nm à 697 Nm. Ceci grâce notamment à un nouveau concept de combustion autorisé notamment par le principe multi-spark (plusieurs étincelles par combustion) qui permet de repousser l’apparition du cliquetis et donc d’augmenter le rapport volumétrique (de 12,4 à 13,5:1) au profit du rendement grâce des pistons redessinés.


FERRARI GTC4 LUSSO © Lorenzo Marcinno FERRARI

Le principe des 4 roues motrices breveté par Ferrari pour la FF est conservé : alors que les roues arrière sont classiquement entraînées via la boîte double embrayage 7 rapports, les antérieures le sont via par une prise de force à l’avant du vilebrequin du V12. Cette solution permet de conserver l’architecture boîte pont arrière désormais utilisée par toutes les Ferrari tout en économisant la masse d’un arbre de la longueur de l’empattement repartant vers l’essieu avant.


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

La transmission avant est constituée d’une boîte de vitesses 2 rapports entraînant chaque roue directement (sans différentiel donc) par l’intermédiaire d’un embrayage multidisque. Le premier rapport de cette transmission est utilisé jusqu’en seconde de la boîte principale, le second jusqu’en 4e. Au-dessus, les roues avant ne reçoivent plus de couple. Ce dispositif permet non seulement à la GTC4 Lusso de se sortir d’un mauvais pas si ses roues arrière se retrouvent sur une portion de revêtement glissante, mais autorise en outre une répartition vectorielle du couple sur l’essieu avant qui aide la voiture à tourner sur portion sinueuse. Sur le principe rien ne change par rapport à la FF, mais la capacité de refroidissement accrue des embrayages multidisques avant permet d’utiliser la transmission plus intensément et plus longtemps.


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Cela dit, la plus importante évolution technique de la GTC4 Lusso par rapport à la FF réside dans le caractère devenu directionnel de l’essieu arrière grâce à l’adoption d’actuateurs électriques repris de la F12 tdf. L’amortissement piloté magnéto rhéologique a juste été optimisé par l’ajout sur chaque amortisseur d’une deuxième bobine permettant d’appliquer un champ magnétique à l’huile chargée de particules métalliques, pour en moduler ainsi plus précisément et plus rapidement la viscosité et donc, le tarage.

LA VIE À BORD


FERRARI GTC4 LUSSO © Lorenzo Marcinno FERRARI

Le profil inhabituel de la GTC4 Lusso est dû à son cahier des charges : elle doit pouvoir transporter confortablement 4 adultes et leurs bagages. Cela, la GTC4 le fait encore mieux que la FF grâce à de nouveaux sièges autorisant une augmentation de 16 mm de l’espace aux jambes des places arrière où deux adultes peuvent s’installer confortablement, et ce même sur de longs trajets. Cela dit, la plus grosse évolution concerne le système de contrôle des fonctions de navigation, téléphone et audio fourni par Delphi et désormais constitué d’un grand écran tactile de 10,25 pouces de diagonale sur la console centrale et d’un autre, nettement plus petit, devant le passager.

Le conducteur retrouve lui l’interface homme machine typique des Ferrari récentes avec tous les boutons de commande usuels sur le volant (clignotants, essuie-glace, modes de conduite, et réglage de l’amortissement). La position de conduite apparaît très bonne, mais elle aurait sans doute été encore meilleure si le réglage de la colonne de direction avait permis de rapprocher un peu plus encore le volant du siège. À 450 litres, le volume coffre n’est pas énorme, mais peut, ce qui n’a rien d’habituel pour une Ferrari, être modulé en rabattant les dossiers des sièges arrière à 800 litres ! Déménager en Ferrari, vous reconnaîtrez que cela a une certaine classe.

L’AVIS DU POINT AUTO


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Au delà des chiffres, la GTC4 Lusso, c’est d’abord un moteur. Et quel moteur ! Souple, puissant, doté d’une plage d’utilisation étendue sur plus de 7 000 tr/min, ce V12 est une pièce d’orfèvrerie qui justifie à lui seul l’achat de cette Ferrari. Mais la plus grande qualité de cette mécanique reste sa musicalité exceptionnelle. Sa sonorité a d’ailleurs été retravaillée pour élargir sa palette de nuance qui va désormais du pianissimo en mode confort du « Manettino » pour ne pas réveiller les voisins en prenant la route le matin, au fortissimo en mode Sport, pour lequel le V12 se transforme en bête sauvage, accompagnant chaque accélération d’un rugissement qui semble ne jamais devoir s’interrompre, ponctuant chaque rétrogradage d’un jappement de remise de gaz. Acoustiquement, il n’y a pas mieux aujourd’hui sur le marché pour rendre ses enfants accros à la belle mécanique ! Et ce, sans les rendre malades, grâce à un amortissement piloté qui garantit un confort de suspension d’excellente facture même sur mauvaise route.


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Côté commandes, la consistance de la direction à assistance électrique apparaît d’abord un peu artificielle. Mais on s’y habitue rapidement, tant elle permet de tracer naturellement des trajectoires précises, et ce même sur des routes de montagne étroites où les 2 mètres de large de la GTC4 auraient pourtant pu paraître incongrus. Il faut y voir l’effet des 4 roues directrices, qui permettent à la fois de garantir la stabilité de cet imposant coupé à haute vitesse, mais aussi d’optimiser son agilité en virage serré. Magique ! Il n’y a pas de doute, cette GTC4 Lusso est bien la familiale la plus enthousiasmante du moment !


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

LES PLUS

Mécanique de rêve

Comportement sûr et efficace en toutes conditions

GT familiale et pratique

LES MOINS

Consistance de direction artificielle

Masse élevée


FERRARI GTC4 LUSSO © FERRARI

Sous le capot de la Ferrari GTC4 Lusso

Moteur : V12 injection directe essence

Cylindrée : 6 262 cm3

Puissance : 690 ch à 8 000 tr/min

Couple : 697 Nm à 5 750 tr/min

.

Boîte : double embrayage 7 rapports

Transmission : aux 4 roues

Dimensions : 4 922 x 1 980 x 1 383 mm

Coffre : 450 à 800 l

Poids : 1 920 kg, 2,8 kg/ch

0 à 100 km/h : 3,4 s

Vitesse : 335 km/h

Consommation : 15,0 l

CO2 : 350 g/km 8000 € de malus

Prix : 266 196 euros

Site internet : www.ferrari.com/fr_fr/

Pokémon Go : le modèle économique très malin de Nintendo (avec McDo)

Culture Commentaires fermés sur Pokémon Go : le modèle économique très malin de Nintendo (avec McDo)
juil 242016

On ne le répétera jamais assez : sur Internet, si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit. Qu’il s’agisse de se bâtir une base d’abonnés fidèles à valoriser ou d’aspirer vos données pour les étudier ou les revendre, de Facebook à Google, nous avons depuis longtemps vendu notre âme, et notre vie privée, aux dieux du Net. Sur Internet, gratuité rime avec rentabilité, et la déferlante Pokémon Go en constitue le meilleur des exemples.

Plus de 1,6 million de dollars par jour

On croyait Nintendo, l’un des pionniers japonais du jeu vidéo, moribond, définitivement largué sur le marché des consoles de jeux par ses concurrents en haute définition que sont Sony et Microsoft. En quelques jours, et sans même que son nouveau jeu ait été déployé dans les quelque 200 pays prévus par Niantic, le maître des Pokémon a prouvé que l’on pouvait définitivement sortir du salon et se passer de console pour conquérir les joueurs de toutes générations. La clé : une réalité augmentée associée à la géolocalisation pour faire apparaître des créatures à capturer dans la vraie vie et la vraie ville. Une manne non seulement pour Nintendo, mais aussi pour ses deux camarades de jeu : The Pokemon Company et Niantic, le studio issu de Google concepteur du jeu.

Première source de rentabilité pour Nintendo : l’explosion de son cours de Bourse. Depuis la sortie du jeu aux États-Unis le 7 juillet dernier, la société a vu la valeur de son action augmenter de 120 %, sa valorisation passant de 17,1 milliards de dollars le 6 juillet pour atteindre désormais 38 milliards. On est encore bien loin des 80 milliards de dollars que valait l’entreprise en 2007, alors que la console Wii venait tout juste de sortir, mais c’est une première très belle étape vers sa renaissance.


Les revenus de Pokémon Go en achats intégrés en temps réels © Capture d’écran du site appinstitute

Autre source de revenus non négligeable pour Nintendo, malgré la gratuité affichée de Pokémon Go : les achats intégrés. Nombreux sont ceux qui, pour progresser plus vite, sont prêts à changer quelques euros en poképièces afin d’acheter du matériel et de capturer plus de Pokémon. Selon Gizmodo, le jeu générerait déjà, à peine sorti, plus de 1,6 million de dollars par jour. D’après Slice Intelligence, Pokémon Go représentait à lui seul 47 % des achats intégrés du moment le 10 juillet dernier. L’achat intégré qui rapporte le plus ? Les 1 200 poképièces proposées à 9,99 dollars , qui représentent plus de 31 % des achats intégrés.

Une future source massive de revenus

Mais la vraie source massive de revenus pour Nintendo se trouve en fait ailleurs. Non pas dans la vente de bannières, un modèle dépassé et peu apprécié des joueurs car envahissant. Le géant du jeu japonais monétisera tout simplement son audience exceptionnelle via des emplacements sponsorisés. Niantic, le concepteur du jeu, avait d’ailleurs déjà testé le concept sur sa création précédente, Ingress. Pour l’instant, les pokéstops et arènes sont en général des points d’intérêt réels des villes : gares, monuments, bâtiments publics… Bientôt, des annonceurs pourront payer pour diriger des joueurs vers leur point de vente le plus proche. À chaque nouvelle visite, ce sera donc le jackpot pour Nintendo, sans que le joueur perçoive le côté publicitaire de la démarche ou en soit dérangé.


Les entreprises pourraient bientôt payer pour devenir des pokéstop officiels © Nintendo

Selon Presse Citron, la chaîne de fast-food McDonald’s ferait partie des premiers annonceurs prêts à payer pour que ses restaurants deviennent des pokéstops (points fixes qui permettent d’obtenir gratuitement des pokéballs, oeufs de Pokémon, etc.). En attendant que le phénomène touche le monde entier, le principe devrait être testé dans un pays asiatique. Le Japon, sans doute. Il faut dire que, dans la patrie de Pikachu et de Nintendo, l’arrivée de menus enfants intégrant des figurines de Pokémon a déjà fait décoller l’affluence dans les McDo et progresser de 23 % en quelques heures le cours de la filiale japonaise du géant américain de la restauration rapide.

Les commerçants n’ont d’ailleurs pas attendu la mise en place de ce système pour commencer à tirer parti de la frénésie Pokémon Go. Plusieurs libraires ont, par exemple, misé sur les Pokémon pour attirer les joueurs… lesquels ont alors tout loisir de devenir clients ! « Si vous nous montrez une capture d’écran avec un Pokemon attrapé dans Main Street Books, vous aurez 10 % de remise sur vos achats », affiche ainsi une librairie sur sa page Facebook.

« Nous avons beaucoup de gens qui viennent avec leurs enfants […] une fois dans le magasin, ils cherchent et réalisent que nous avons un grand nombre de choses qu’ils ne pensaient pas trouver », témoigne Tonya Youngibrd, de la librairie Book Garden dans l’Utah, aux États-Unis. De même, certains musées ont fait connaître sur les réseaux sociaux la présence des bébêtes virtuelles entre leurs murs, ce qui a ainsi entraîné de nombreux nouveaux visiteurs. Au Japon comme ailleurs, tout ce que les Pokémon touchent se transformerait-il en or ? Ce n’est pas Google et Apple qui diront le contraire, eux qui vont toucher des millions de dollars, juste parce que les joueurs vont utiliser soit un smartphone sous iOS, soit un terminal connecté sous Android.

À Bordeaux, TUI fait peau neuve

Culture Commentaires fermés sur À Bordeaux, TUI fait peau neuve
juil 222016

Fini, les affichettes papier et promos aguicheuses. À mi-chemin entre une galerie d’art et une boutique high-tech, le voyagiste imagine un lieu « fusion » qui réunit l’ensemble des offres de son portefeuille de marques. Là, derrière de larges baies vitrées, sculptures, photos, ouvrages, expositions éphémères, cabines de réservations digitales et bureaux traditionnels se juxtaposent pour offrir une nouvelle façon de concevoir ses vacances.


L’espace sur mesure du TUI Store, pensé comme un salon particulier.

Web to Store

Sur le modèle d’une expérience menée à Strasbourg, le groupe allemand, notamment propriétaire de Marmara, Nouvelles Frontières, Passion des îles, Aventuria et de la compagnie d’aviation Corsair, vient ainsi d’investir près de 500 000 euros pour « relooker » de fond en comble sa boutique bordelaise.

Poser ses valises à l’heure où la concurrence des offres en ligne fait rage peut paraître insensé, mais Pascal de Izaguirre, PDG de TUI France, croit dans les agences physiques.  « Les Français consacrent un pourcentage important de leur budget à préparer leurs vacances, il y a pour eux une obligation de résultat. Faire le choix d’une agence de voyages, c’est s’assurer des vacances réussies », explique celui qui mise sur une stratégie Web to Store. « Le client effectue ses recherches sur le Web, mais veut finaliser l’achat dans une boutique, où il pourra discuter et être rassuré de son choix par le vendeur », ajoute celui qui vise à faire du groupe un leader du voyage premium.

TUI © Guillaume Murat Guillaume MuratTUI © Guillaume Murat Guillaume Murat
Les bornes digitales et cabines de réservation en ligne du TUI de Strasbourg. © Guillaume Murat Guillaume Murat

20 000 billets au départ de Bordeaux

Pour parvenir à cet ambitieux objectif, il faut d’abord une belle adresse. À bordeaux, c’est sur la très dynamique allée de Tourny que l’ex-agence Marmara a fait peau neuve. Il faut ensuite faire rêver. Pour les candidats au départ en mal d’inspiration, des tables interactives géantes invitent à découvrir, photos paradisiaques à l’appui, les 100 destinations et 330 hôtels du catalogue TUI. Il faut enfin coller avec la demande. L’offre de la « major du tourisme » a donc été renouvelée de 45 %, vers les pays les plus sûrs du pourtour méditerranéen comme l’Espagne, le Portugal, la Grèce, Chypre ou la Croatie. Le voyagiste a ainsi réservé 20 000 billets (contre seulement 13 000 l’an dernier) au départ de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac.

À l’étage, un espace sur mesure de 60 mètres carrés permet aux clients qui souhaiteraient davantage d’intimité de concocter leurs voyages haut de gamme ou à thèmes dans le cadre raffiné d’un salon particulier imaginé par l’architecte d’intérieur Caroline Duveau. Mobilier contemporain, bibliothèque, objets ethniques, œuvres street art, « l’espace est plus qu’un lieu de vente, c’est aussi un lieu culturel, un lieu d’événements, un peu comme l’a fait la Fnac », indique, non sans fierté, Pascal de Izaguirre.

Fort du succès du premier TUI Store de Strasbourg, inauguré en septembre 2015, dont le volume d’affaires aurait déjà crû de 20 % depuis l’ouverture, le concept se dépolit progressivement dans le reste de la France. D’ici à 2017, 52 nouveaux TUI Stores devraient ainsi voir le jour.

TUI Store Bordeaux, 31 allée de Tourny, 33 000 Bordeaux, France.

WEC – Romain Dumas : « Je ne m’arrêterai pas de courir ! »

Culture Commentaires fermés sur WEC – Romain Dumas : « Je ne m’arrêterai pas de courir ! »
juil 212016

Rien ne lui résiste. Romain Dumas, 38 ans, est le pilote le plus en vue du moment. Mi-juin, il remportait les 24 Heures du Mans après l’incident technique ayant touché la voiture de tête, Toyota, au dernier tour. « C’était magique, je rêvais de gagner avec Porsche », explique celui qui s’était déjà imposé au volant de l’Audi R15 en 2010. Sept jours après sa victoire, à plus de 7 800 kilomètres du circuit manceau, il remporte Pikes Peak, la course de côte la plus prestigieuse du monde. L’Héraultais est un touche-à-tout de l’auto, lui qui a participé en janvier à son deuxième Dakar. Début juillet, au Porsche Experience Center du Mans, qui offre une vue imprenable sur les derniers virages du circuit, Romain Dumas s’est confié au Point.fr.

Le Point.fr : Avec du recul, quel regard portez-vous sur la fin de course aux 24 Heures ?

Romain Dumas : À un tour de l’arrivée, je n’y croyais plus. Et d’un coup, on a pris la foudre ! Quand j’ai vu la Toyota s’immobiliser, j’ai pensé à un gag. Mais dans le même temps, nous savons que rien n’est joué avant l’arrivée. Cela m’était déjà arrivé aux 24 Heures du Nürburgring, alors que je disputais la 3e place : j’ai abandonné au bout de 23 heures, 59 min et 51 sec. Quand ça t’arrive une fois, tu ne sais jamais ce qui peut se passer ! Ma seule crainte, c’était de me dire : « Peut-être que tu ne seras plus jamais au niveau pour viser la victoire. »

La victoire est-elle pour autant moins belle ?

Non, la victoire est belle parce que je rêvais de gagner avec Porsche. Sur le moment, nous ne pouvions que faire preuve de compassion avec Toyota, surtout à la lumière des efforts qu’ils ont fournis. Mais nous étions deuxièmes et donc les meilleurs derrière Toyota, et on a su en profiter. Surtout, nous avions la sensation d’avoir fait au mieux.

Dakar, Pikes Peak… En plus de l‘Endurance, vous faites de nombreuses courses avec votre écurie. Comment Porsche vous autorise-t-il à multiplier les challenges ?

J’avoue que les discussions ont été un peu tendues (rires) ! J’ai commencé à faire d’autres courses à partir de 2007, notamment des rallyes au volant de Porsche. L’accident de Kubica (pilote chez Renault F1, il s’était grièvement blessé dans un rallye près de Gènes, NDRL) a changé la perception des écuries. Porsche m’autorise néanmoins à participer à d’autres courses entre la fin des 24 Heures du Mans et le 31 janvier. Il ne faut pas oublier que, avec mon équipe, nous sommes les seuls en Europe à développer des Porsche en rallye et à préparer des Porsche historiques ou modernes.

Pikes Peak, un sentiment grisant

Vous avez remporté Pikes Peak sept jours après Le Mans. Cette course est moins connue du grand public. Que représente-t-elle pour vous ?

La première fois que je l’ai gagnée, c’était l’une des joies les plus fortes de ma carrière. Quand tu y arrives avec ton équipe, tes moyens, tes mécanos, c’est vraiment intense. En plus, la course est dangereuse : même Sébastien Loeb, qui a l’habitude de rouler entre les arbres en rallye, a dit qu’il avait peur à Pikes Peak. C’est un sentiment grisant de piloter sur ce tracé.

C‘est aussi ce que vous avez ressenti au Dakar ?

Non, pour l’instant, je ne prends pas vraiment plaisir (il a connu de nombreux soucis techniques l’an dernier, NDLR). Mais je vais repartir dès cette année et j’espère que ça s’améliorera ! Je suis un peu borné, comme pour la course à pied : je n’aime pas courir, mais dès que je fais un semi-marathon, je veux être plus rapide que lors de ma dernière participation. Au Dakar, je voulais terminer dans les vingt premiers et j’ai fini vingtième. L’année prochaine, j’espère faire partie des douze premiers. Et peut-être que je prendrai plus de plaisir.

Je ne serai jamais irrespectueux en course

Le plaisir réside uniquement dans le fait de gagner ?

Oui, sauf que je ne veux pas que ça soit obsédant comme pour certains pilotes. Moi, je suis avant tout un vrai passionné. Avec Porsche, je ne serai jamais irrespectueux en course, mais je me battrai comme un bouledogue. Dans les autres courses, je veux gagner aussi mais je n’oublie jamais que c’est avant tout pour prendre du plaisir. En début d’année, on a fait un rallye régional avec ma femme : une fois qu’on est partis, je lui ai dit : « On donne tout. » Et dès la fin des spéciales, on se remet à rigoler.

Avez-vous peur du moment où vous allez arrêter votre carrière ?

J’y pense, c’est clair, mais j’ai la chance de faire beaucoup de choses à côté : de l’immobilier, de l’architecture, je suis un vrai autodidacte ! Il n’y a pas que l’automobile ! J’aurai d’autres occupations, mais je n’arrêterai jamais de courir. Au Mans, j’ai croisé Tom Kristensen (recordmen de victoires aux 24 Heures) qui commente la course pour la télévision. Nous étions avec nos équipiers et il nous a dit : « J’aimerais tellement être à votre place ! » C’est un peu bête de vivre dans la frustration. Moi, je ne m’arrêterai pas de courir !

Terres lointaines : les trois couleurs sur l’île Matthew

Culture Commentaires fermés sur Terres lointaines : les trois couleurs sur l’île Matthew
juil 202016

« Dès mon premier pas à terre, l’enthousiasme va me submerger, et je vais me glisser un instant dans la peau d’un Neil Armstrong, qui, quarante ans plus tôt, avait posé le pied sur la Lune. » La lune de Philippe Godard, c’est l’île Matthew, un îlot du Pacifique sud, située à environ 300 kilomètres à l’est de la Nouvelle-Calédonie.


© Google Maps

Découverte au XVIIIe siècle, l’île est restée longtemps res nullius, c’est-à-dire une chose n’appartenant à personne. « Pour que la souveraineté soit un argument, il faut que l’on y ait fait des choses », explique Philippe Godard (1), grand explorateur d’îles, chevalier de la Légion d’honneur et des Palmes académiques. Mais avant d’y poser le pied, l’aventurier est happé par une curieuse histoire que lui raconte un employé d’Austral Guanao, société spécialisée dans le commerce de la fiente durcie d’oiseau de mer, utilisée comme engrais. Ce dernier avait découvert sur l’île de Walpole, en Nouvelle-Calédonie, « des squelettes, gisant auprès de restes informes de ce qui lui avait semblé être une embarcation en bois ». En examinant de près ces reliques, il avait mis la main sur un bouton de vareuse, mais pas n’importe lequel puisqu’il était frappé d’une fleur de lys. Un historien du nom de Pognon avait émis l’hypothèse que ces squelettes auraient pu être ceux des rescapés du naufrage de la Boussole et de l’Astrolabe, les deux vaisseaux du comte de Lapérouse, emportés dans un cyclone en 1788, sur l’archipel des Salomons. Le sang de Philippe Godard ne fit qu’un tour.

Un immense drapeau sur une hampe de fortune

« On ne sait pas si Walpole faisait partie d’une masse continentale dont elle se serait détachée. Toujours est-il qu’au sein des poches de phosphate, lors de leur exploitation, plusieurs squelettes de tortues géantes terrestres à corne qui peuplaient la Terre il y a quelques centaines de milliers d’années ont également été découverts », explique l’aventurier. Au prix d’efforts considérables, lui et son équipe parviennent à se glisser dans les cavités, mais les difficultés de l’entreprise exigent de gros moyens techniques et humains, et beaucoup de temps afin de localiser la grotte aux squelettes. Les explorateurs, un peu déçus, forcément, mettent alors le cap sur l’île Matthew, non loin de là. « Un capitaine de corvette m’avait donné un immense drapeau, raconte Philippe Godard. Un spécialiste en droit international était même venu me rendre visite pour me conseiller d’emporter des plants d’arbres, susceptible de croître en terrain volcanique de façon à asseoir la possession de la France sur Matthew. »

La végétation sur l’île se résume à quelques liserons, la faune à des oiseaux de mer, qui s’approchent des intrus en poussant de petits cris plaintifs. Un premier lot d’arbres sera planté au cours de l’ascension. Le drapeau sera déployé au sommet culminant à 242 mètres, sur une hampe de fortune. « L’instant est solennel, écrit-il dans son récit. Pour ma part, j’y vais de quelques mots simples pour réaffirmer la présence nationale sur cette terre si rarement visitée. Puis nous regagnerons le bord, sains et saufs, fourbus mais envahis par cette euphorie particulière que ressentent les aventuriers lorsque leurs rêves les plus fous se réalisent. »

(1) Le Collectionneur d’îles mystérieuses, par Philippe Godard, éditions du Trésor, 19 euros.

Spetses, le Saint-Tropez grec

Culture Commentaires fermés sur Spetses, le Saint-Tropez grec
juil 192016

De son charme naturel les Athéniens parlent peu, préférant garder l’île pour eux, à l’abri des foules et de la surenchère immobilière. Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux à venir trouver ici une tranquillité sans artifice, retapant des maisons de pêcheurs à l’arrière du vieux port ou louant les anciennes demeures de capitaine. À commencer par le roi Constantin de Grèce, qui, à l’été 2010, y maria son fils, Nikolaos. Le Poseidonion Grand Hotel, bâtisse « Belle Époque » ouverte sur la mer, accueillit alors les noces où se pressèrent les têtes couronnées d’Europe. Comme un flash-back d’un siècle rappelant que l’île avait déjà ses inconditionnels. À l’orée du XXe siècle, Sotirios Anargyros, enfant du pays, est de retour sur son île natale après avoir fait fortune dans le tabac aux États-Unis. Il achète la moitié de l’île, la replante de pinèdes, s’y fait construire une belle demeure et convie chaque automne la haute société grecque à chasser la palombe dans ses collines. Le magnat rêve d’en faire un lieu de villégiature à l’image de la Côte d’Azur.


Le Poseidonion, un grand hôtel centenaire qui se porte bien. © Serge Detalle

Gentry bohème

Inspiré du Carlton et du Negresco, tous deux bâtis à la même époque, le Poseidonion Grand Hotel ouvre en 1914. S’ensuivent la construction d’une route en corniche autour de l’île et d’une école d’élite pour garçons, sur le modèle du collège britannique d’Eton. À la fin des années 50, dans le sillage de Niarchos, autre célèbre armateur qui s’offre Spetsepoula, l’îlot d’en face, une gentry bohème fait de Spetses son point d’ancrage. Dans les ruelles pavées près du port de Dapia s’apostrophent l’artiste et le pêcheur, le banquier et le conducteur de calèche (l’île est interdite aux voitures), Anouk Aimée, Melina Mercouri, Jacques Lacarrière, l’auteur de L’Été grec, ou encore Michel Déon, qui y signa les plus belles pages de son Balcon de Spetsai.


© Adrian Houston

Cuisine bio méditerranéenne

Aujourd’hui, la famille Vordonis, qui a racheté l’hôtel en 2004 avant de le rénover avec grand soin, participe au renouveau économique en organisant des événements : la Tweed Run, course cycliste costumée très british, ou la Classic Yacht Race, pour admirer caïques et autres voiles latines.

Chaque été, la véranda qui longe l’entrée à colonnades est le lieu d’une douceur exquise ; 52 chambres la surplombent, tantôt bercées par le clapotis des vagues, tantôt embaumées par les lavandes entourant la piscine. Sous une coupole d’ardoise qui révèle une magnifique charpente, la suite royale se distingue par une vaste terrasse dominant la jetée et ses yachts rutilants. Çà et là, des notes contemporaines soulignent l’élégance des volumes néoclassiques. À l’arrière, une aile a récemment vu naître les dernières suites, spacieuses, quoiqu’encore plus intimes.


© Serge Detalle

Ici, la table est un joli voyage. Pas seulement au petit déjeuner ou au Freud, le bar à sushis, mais aussi grâce au chef Stamatis Marmarinos, qui sublime les produits de la Méditerranée. Originaire d’Hermione, juste en face, ce grand gaillard aux faux airs de pope cultive en bio toutes sortes de légumes dans un vaste potager situé sur les hauteurs. Depuis peu, il propose aux hôtes de cuisiner et de déjeuner sous l’olivier, au plus près des plants de tomates et du poulailler. Une manière inédite de goûter aux joies simples d’une île paradis.

Poseidonion Grand Hotel, à partir de 260 € la nuit en haute saison, www.poseidonion.com

7 nuits, à partir de 1 550 €/ pers. (base 2), vols et transferts inclus. 01.48.78.71.51, www.safransdumonde.com

Escale de charme


La princesse Soraya à Hydra, en juin 1960. © Keystone Pictures USA

Autre île merveilleuse, Hydra est à seulement 40 minutes de Spetses en hydroglisseur. Elle aussi interdite aux moteurs, on n’y circule qu’à pied ou à dos d’âne. Son port bijou, ses boutiques trendy, ses ruelles et ses garrigues attirent une faune gypsy-chic éprise d’authenticité. Le collectionneur Dakis Joannou y a ouvert en 2009 une annexe de sa fondation Deste pour l’art contemporain. Une présence qui ne passe pas inaperçue quand il amarre son méga-yacht pop art décoré par Jeff Koons.


« Guilty », le yatch de Dakis Joannou mis en valeur par Jeff Koons. © DR