C’est un secret bien gardé, une adresse discrète du 8e arrondissement de Paris, où se croisent costumières de cinéma, collectionneurs de vêtements chics et simples curieux à la recherche d’une bonne affaire. L’appartement regorge de vêtements, du sol au plafond. Du côté des hommes, des smokings grande mesure côtoient vestes de chasse, souliers de golf ou mocassins à glands… Chez les femmes, on trouve d’élégants sacs baguettes, des robes de soirée Yves Saint Laurent, lorsqu’elles n’ont pas été cousues sur mesure. Cet improbable vestiaire existe depuis 1932. Cette année-là, le comte Olivier Costa de Beauregard, le marquis Dugon, le comte de Neufbourg et le comte Olivier de Sugny fondent l’Association d’entraide de la noblesse française (ANF), « Œuvre de justice, car nous désirons que le vrai et le faux cessent d’être confondus. Œuvre de charité : appui moral, secours financier pour éviter la chute de nos familles. » Les statuts prévoient que le vestiaire pourvoie aux besoins des familles nobles et désargentées et les aident à tenir leur rang. « Même s’il est aujourd’hui devenu possible de s’habiller pour 10 euros dans des enseignes de prêt-à-porter, nous tenons à conserver ce vestiaire », explique le duc d’Uzès, actuel président de l’association.

Un appartement aux allures d’Emmaüs chic

C’est donc dans un appartement aux allures d’Emmaüs chic qu’atterrissent chaque année des dizaines de mètres cubes de vêtements ayant appartenu aux nobles membres de l’association. « Nous recevons beaucoup de dons spontanés. Certaines familles nous appellent à l’occasion de successions, où nous récupérons parfois les vestiaires de toute une vie », raconte une bénévole qui arrange, mesure et étiquette des dizaines de pièces en vue de la prochaine braderie. Qui sait si cet élégant costume de tweed n’a pas appartenu à un duc ou à un comte ? « Nous ne dirons rien ! » se défendent en chœur les trois bénévoles. Mais elles savent… Une fois passés entre leurs mains, les habits perdent leur histoire et leur valeur, tous sont vendus à des tarifs défiant toute concurrence, même ces élégants fracs de laine. « Les jaquettes sont un peu passées de mode depuis que l’on chauffe les châteaux », explique une bénévole, « mais elles trouvent toujours preneurs… On est venu m’en chercher une le mois dernier pour assister à un enterrement en Belgique. Ce pays avec une famille royale sait encore s’habiller ! » analyse la spécialiste de la fripe de prestige.

Déambuler entre les portants, c’est aussi voyager dans le temps. « Nous avons reçu récemment toute une caisse pleine de cravates des années Cloclo », raconte une des dames à blouse blanche. Elle se souvient aussi de ce jour où une héritière s’est présentée pour récupérer une des jaquettes de son père, pour la revendre à un musée. « De plus en plus de familles préfèrent revendre les belles pièces aux enchères », explique-t-elle. Drouot ou les bonnes œuvres, il faut choisir. En attendant, il reste quelques belles découvertes à faire. Si le 6 avril prochain vos pas vous guident du côté de la Madeleine, faites donc un crochet par la rue du Chevalier-Saint-George…

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